lundi 25 octobre 2010

Au fil des mots...



Je reviens d'un court voyage en Ukraine, à Kharkov où en pleine campagne pour les élections municipales la ville est décorée des affiches grand format des différentes formations politiques locales avec des slogans plus beaux les uns que les autres. L'une de ces formations a choisi la simplicité avec l'appel suivant:

"Votez pour des gens normaux"

Si ce n'est pas de la propagande c'est la pub qui occupe l'espace public urbain. Une fabrique de charcuterie vante, photos à l'appuie les mérites de ses

"Saucisses faites avec de la VRAIE viande! "

A l'autre bout du monde, aux USA, on peut s'acheter au supermarché une boîte de biscuits

Avec de vrais fruits!

Et voilà que ce matin je lis sur la une de Libé le titre :

Irak: révélations d'une guerre sale

Une VRAIE guerre, entre gens NORMAUX, avec de VRAIS morts? Comme si une guerre pouvait être autre chose que sale.



mardi 5 octobre 2010

Extranée



Il y a une quinzaine de jours j'ai rencontré une personne sur mon nouveau lieu de travail à Paris qui, après le bonjour, m'a aussitôt demandé si je parlais bien français. Et ce avant même de me laisser le temps de dire quelques mots. Sur le coup, je n'ai pas réagi, bien qu'étonnée par cette question. Je me suis contentée de répondre simplement : "Ça va, je me débrouille".

Mais cette rencontre m'a laissé une drôle d'impression. J'ai réalisé soudain que cela faisait très très longtemps que l'on ne m'a demandé si je parlais français, même les personnes connaissant mes origines russophones. Ce n'est pas la question en elle même qui m'a troublée le plus. C'est le fait que, en réalité, si on veut savoir si une personne est à l'aise en français il suffit de la laisser dire quelques mots, en posant une ou deux questions anodines.

Cette question, si banale soit elle, même enrobée de ton de bienveillance polie peut suffire à elle toute seule à mettre une distance, une barrière entre vous et celui ou celle qui vous la pose. Elle vous renvoie à votre place de l'AUTRE, de différent.

Quelques jours après cette rencontre je suis tombée sur un mot nouveau en lisant un article dans Libération sur les difficultés administratives et autres des français nés à l'étranger ou dont les parents étaient nés ailleurs. L'auteur de l'article les appelait des "extranés", ces "français d'origine étrangère". Une sorte d'extraterrestres qui, même s'ils ressemblent en apparence aux humains de France, ont tout de même quelque chose de différent, d'inquiétant. Je me suis dit que ça, c'était bien le me mot pour dire ce que je suis.

Je suis une extranée.


mercredi 15 septembre 2010

Infini


Si on avait un mirroir qui pouvait nous montrer notre propre avenir on passerait notre temps à regarder notre vie future au lieu de la vivre. Alors dès le premier regard dans ce mirroir on ne verrait que nous mêmes assis devant le mirroir magique et regardant nous même, assis devant le mirroir et regardant nous mêmes , assis devant......

Si on avait un autre mirroir, pouvant montrer l'avenir d'une autre personne, que l'on ne connaît même pas, quelque part loin, en y jettant un coup d'oeil, on verrait une personne inconnue devant son mirroir, regardant une autre personne, assise devant un mirroir semblalble et regardant une autre personne... Et ainsi de suite jusqu'à la personne qui nous reagarde...
Qui sait, si on trouvera un jour ce mirroir magique. Qui sait s'il existe. Mais, après tout, un simple mirroir nous montre déjà la même chose: notre avenir, vu de face.

mardi 29 juin 2010

Logo-rallye

Le logo-rallye est un jeu d'écriture qui consiste à composer un texte en y insérant une liste de mots imposés. L'exercice est d'autant plus difficile que l'ordre d'apparition des mots est imposé et que les mots choisis n'ont à première vue pas grand chose à voire les uns avec les autres.

Nous avons la chance d'assister à un concours national de logo-rallye dont le thème cette année est "La réforme des retraites". Les concurrents ont reçu les instructions suivantes: écrire un projet de réforme des retraites, en employant le plus possible les mots "juste" et "il faut faire payer les riches". Deux équipes s'affrontent en finale: l'équipe de gauche et l'équipe de droite.

Le projet de l'équipe de gauche se distingue par l'utilisation fort impressionnante du premier mot imposé: "juste". Il en a plus que de virgules dans le texte. Quant à la deuxième mesure imposée, l'exercice est fort délicat. L'équipe de gauche propose ainsi de taxer le capital: les bonus, les stock-options, les revenus du capital. S'agit-il toujours des mêmes bonus que la même équipe voulait faire interdire quelque temps auparavant? Et ce sont les mêmes stock-options et capitaux qui sont soumis à la spéculation des marchés, à la merci des fluctuations des humeurs hystériques, si ce n'est maniaco-dépressives, des places boursières? C'est curieux, car le projet avance quand même un chiffre : la taxation des valeurs spéculatives ( dont on ne sait même pas le prix de demain) va tout de même apporter tant de milliards d'ici 2025. Autre détail surprenant du projet: les 19 milliards cumulés en taxes diverses sur le capital se transforment en une phrase en 25 milliards, "compte tenu de la croissance". C'est de la même croissance qu'on parle, celle qui est en train de rouiller là, dans le coin? On voit pas très bien, mais je crois que c'est écrit "EN PANNE" dessus...

Mais malgré quelques détails techniques surprenants, le texte parvient tout de même à réussir un exercice de style difficile: transformer le diable en personne en une vache (à lait, sic) sacrée.

Du coté de l'équipe de droite, la difficulté n'est pas moindre. En y mettant les moyens l'équipe parvient tout à fait honorablement à couvrir le champs médiatique national avec le mot clé: "juste". Pour ce qui est de "faire payer les riches" c'est plus flou. Mais le flou artistique ici répond à un défi de taille: réussir à faire des appels de phares charmeurs en direction de la gauche, des syndicats et des populistes en tout genre, sans que le Capital ne se rende compte qu'il lui pousse du cerf sur la tête.

Dans les deux cas, nos deux équipes semblent décidées à prendre le taureau des retraites par les cornes. On attend avec impatience l'issue de cette corrida que l'on espère à la hauteur des défis.

Sinon, si dans les deux équipes il y a des volontés pour préparer un nouveau concours, on pourrait proposer un thème fort intéressant: la politique et les médias. Les mots imposés seront alors:

juste (ça c'est juste parce que c'est un mot tendance), impartial, non ingérence, humoriste, liberté de caricature, Radio France.

Ceux qui sont à court d'idées pourront s'inspirer des histoires vraies des uns et des autres.

mardi 15 juin 2010

Du temps de cerveau disponible



Il y a déjà quelques années une grande polémique a animé la société entière après la petite phrase lâchée par le PDG de TF1 Patrick Le Lay:

Mais dans une perspective 'business', soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit.
[…]
Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.

Mais cette petite idée n'a pas fait que crier de rage et d'indignation certains. D'autres oreilles, plus discrètes l'ont très bien entendue. Et là, EURÊKA! Si le vendeur de boisson en profite, de ce temps de cerveau, pourquoi pas le gouvernement!? Et c'est parti pour les campagnes d'annonces de gouvernement en tout genre.

Avec les fruits et légumes ça a bien marché! La grande distribution et l'industrie agro-alimentaire se sont engouffrés dans le boulevard, si généreusement offert!, en s'"engageant" à nous procurer la formule magique à petits prix. 5 fruits et légumes par jour à moins de 1 euro! A ce prix là même les nitrates, pesticides et autres saletés dont ils sont bourrés, ces fruits, sont bons pour la santé publique. Merci Patrick Le Lay!

Mais bon on ne va pas en rester là avec des messages de santé publique! On a une réforme des retraites à faire passer et ça risque d'être dur à avaler. Voici qu'arrivent à rescousse les professionnels de la pub, un peu désoeuvrés après la suppression de la pub à la télé publique. C'est surtout pour maintenir l'emploi dans le secteur publicitaire qu'on réalise à grands frais une nouvelle campagne de publicité pour la réforme de retraites 2010. On y voit défiler des images gentilles de gens simples et heureux, et une voix céleste nous parle avec pédagogie des engagements du gouvernement pour les retraites, en utilisant beaucoup la première personne en pluriel: "nous". Et chaque spot se termine par "Réussissons une réforme des retraites juste".

Quand vous vous serez réveillé vous aurez tout à fait l'impression d'avoir été assosié à un grand débat sur la question et vous aurez l'impression d'avoir réussi, ensemble avce les autres, une réforme juste.

Quand on cherche à ce que la réforme soit perçue comme absolument juste rien ne vaut quelques secondes de temps cerveau disponible!


vendredi 11 juin 2010

Frénésie sportive




Cinq minutes de France Info hier matin sur le chemin de la gare TGV ont suffit pour m'amuser! Difficile, ces jours derniers, d'éviter un commentaire sur la couleur de lacets des chaussures de rechange des joueurs de l'équipe de France de football. Le pays tout entier vibre au rythme des pas des bleus sur la terre lointaine de l'Afrique du Sud. Et voilà qu'on entend un reportage intéressant: les grands événements sportifs, à savoir le mondial de foot et les jeux olympiques, font bondir les ventes de toutes sortes d'appareils de haute technologie, et surtout de téléviseurs. Et voilà que part la petite phrase qui fait sourire: "la frénésie sportive des français fait grimper les ventes de téléviseurs".

Vraiment sportive, la frénésie! Car il est question du véritable sport national: regarder les autres suer affalé sur son canapé devant l'écran plat dernier cri.

Une chose est sûre: ça fait maigrir.... le portemonnaie.


jeudi 10 juin 2010

Avez vous une question à poser à un avocat?


J'ai découvert dans le Canard enchaîné du 2 juin dernier une note intéressante sur la promotion faite par le site avocats.fr d'un programme de renseignements automatique. "On a tous au moins une question à poser à un avocat" dit le slogan juste à coté d'une petite fenêtre de chat qui invite à poser une question. Les exemples d'essais cités par le Canard étaient si incroyables, que je n'ai pas résisté à la tentation de poser une question moi même.


Sur le site, plusieurs vidéos font la promotion du système


Combien ça me couterait de poser une question ? from Conseil National des Barreaux on Vimeo.


Eh bien, puisque le conseiller virtuel semble être gratuit, je la lui pose, la question. Et voilà ce qu'il me répond:

  • combien coûte un avocat?
  • Dès le 1er rendez-vous avec un avocat, n'hésitez pas à aborder avec lui le coût de sa rémunération. Cela posera les bases claires qui favorisent la confiance. Il existe plusieurs modalités de rémunérations, libres et déterminées en accord avec le client: l'honoraire au temps passé, l'honoraire forfaitaire, l'honoraire de résultat, et l'abonnement. Souhaitez-vous en savoir plus ?
La réponse me laisse sur ma faim. Mais je ne renonce pas pour autant! Voici un petit extrait de cette conversation avec un esprit supérieur:
  • que faire en cas de cambriolage
  • Désolé, je n'ai pas compris votre question. Pouvez-vous la reformuler, ou bien préférez-vous être dirigé vers l'annuaire pour entrer en contact avec un avocat?
  • mon employeur refuse de payer les heures supplémentaires
  • Votre employeur peut vous obliger à effectuer des heures supplémentaires, dans la limite du contingent conventionnel ou légal autorisé et en respectant les dispositions légales sur les durées maximales du temps de travail et sur la législative relative au repos. Souhaitez-vous plus d'informations sur ce sujet ?
  • pourquoi vous ne savez rien?
  • Je n'ai sûrement pas saisi votre propos et je vous prie de m'en excuser. Je vais travailler pour essayer d'éviter que cela ne se reproduise. Souhaitez-vous en savoir plus ?
La réponse la plus fréquente est "Je n'ai pas compris... Voulez vous contacter un avocat?". Si le but du système est de mettre la personne en relation avec un avocat, autant proposer directement de faire une recherche (plus ou moins intelligente) dans l'annuaire des avocats. Si l'intention ( aussi louable qu'elle puisse être) était de rendre un service aux visiteurs du site en proposant des réponses à des questions simples, c'est totalement raté. Il suffit de s'amuser quelques minutes avec Akinator , par exemple, pour se rendre compte de ce qu'il est possible de faire aujourd'hui avec un système expert bien conçu. A coté de cela le conseiller virtuel des avocats.fr paraît totalement ridicule et sa présence sur le site ne fait pas que du bien à l'image des avocats.


Mais faut-il reprocher au Conseil National des Barreaux d'avoir mis au point un système aussi minable? Ce ne sont pas les avocats qui ont conçu et programmé le conseiller virtuel qui ne sait rien. Ils ont dû payer quelqu'un pour le faire... et ils se sont fait avoir.

Cela m'amène à poser une question à propos des rapports que la société a avec l'informatique. Qu'est ce que fait que la chose informatique a encore une image très forte de



J'ai ma petite idée que je vais vous raconter dans un billet suivant.


mercredi 9 juin 2010

La saison des copies


Il pleut des copies chez moi.

La maison en est inondée.

Au secours, je me noie!...


Gloup... Gloup.... Gloup

mardi 1 juin 2010

Facebook, les moutons et le méchant loup.



Voilà qu'une vague d'indignation sans précédent se lève dans les médias contre Facebook. On découvre soudainement que Facebook ce n'est pas bien!

Vous vous rendez compte, de méchantes personnes (chut... des pédophiles!) se cachent sur Facebook sous des pseudos et menacent nos enfants! Vous entendez, nos enfants! C'est dangereux ça! On ne peut pas les reconnaître! Parce que, voyez vous, dans la vraie vie, quand on sort dans la rue, on les reconnaît facilement. Ils portent tous une pane carte, bien en vue :"Attention! Pédophile dangereux et méchant ". Et dès qu'on en voit un on prend tout de suite des précautions. Ah, oui, absolument.

Et puis, plus grave encore, Facebook ne protège pas nos données personnelles?! Mais c'est incroyable! Quel scandale! Dans la vraie vie, on a tous des centaines d'amis, c'est normal. Quand on pense à tous les voisins, et aux collègues de travail et au fringin de la copine du collège, et au boulanger qui était au coin de la rue dans notre ancien village. Et de vrais amis, hein! On connaît leurs noms et tout! De vrais amis! On partage tout avec eux! On affiche tous nos photos en slip dans l'entrée de l'immeuble et on a jamais de problèmes. C'est protégé. Bin oui, bien sûr, parce que c'est personnel!

Alors c'est Facebook, le méchant loup de l'histoire? Le loup qui se fait passer pour le berger? Il n'est pas le premier ni le dernier. Facebook ne fait que tirer profit du bon vieil instant de troupeau: ceux qui découvrent aujourd'hui, hélas à leurs dépens, qu'ils sont le dindon de la farce des réseaux sociaux, sont ceux qui sont venus là sans vraiment savoir pourquoi. Juste parce que "tout le monde a un compte Facebook".

Seulement le méchant loup n'est plus tout seul à roder autour du troupeau. Je ne serai pas étonnée si, comme par enchantement, de la vague d'indignation sortent de gentils réseaux sociaux, honnêtes et désintéressés (sic). Ils appelleront les pauvres brebis égarées:

"Venez par ici! On protégera vos données personnelles, on est là pour ça!".

Et le troupeau suivra....



samedi 29 mai 2010

Botanique



De nombreux arbres, comme érable, font des graines qui ressemblent à deux petites ailes collées ensemble. Au moindre coup de vent elles se détachent et tombent en tourbillonnant comme de petites hélices, ou de petits hélicoptères...

Lors d'une promenade au parc, en regardant ces graines virevolter, ma fille a déclaré:

"Tous ces arbres sur lesquels poussent des hélicoptères doivent s'appeler hélicoptériers. "



Peut on arrêter de croire au Père Noël?


Il y a des moments dans la vie de chacun qui laissent à jamais des traces que le plus souvent on ignore. Un de ces moments est celui où les grandes personnes nous expliquent que le père Noël n'existe pas, que ce sont les parents qui mettent les cadeaux sous le sapin, qu'il n'y a pas de rennes magiques ni de traîneau. Il se produit alors dans le coeur d'un enfant une explosion, un cataclysme, une déchirure d'une force inouïe. L'enfant finit pourtant par se conformer à cette nouvelle réalité. Mais peut on vraiment arrêter de croire? Quand la foi est pure et véritable, comme celle d'un enfant, peut elle réellement disparaître?

Il faut croire que non. Inconsciemment, nous croyons toujours au père Noël. Et si nous, simples mortels, nous l'ignorons le plus souvent, ceux qui font de la pub l'ont très bien compris. Et c'est pour cela que Raymond existe!




Cette superbe invention ne peut marcher que si les gens croient vraiment au père Noël, le seul au monde à pouvoir faire de vrais cadeaux, des crédits gratuits, par exemple!

Il faut vraiment être endurci par la vie et sans coeur pour se demander: mais c'est quoi, au fait, le taux d'escompte de 7,5%, annoncé tout bas par la dame? C'est ce qui mentionne aussi le texte en tout petits caractères en bas des pages du catalogue:

"Taux d'escompte maximum en cas de paiement comptant: 7,90% au 06 janvier 2010"

C'est que si on paie comptant, on a droit à une réduction, un escompte. C'est une obligation légale pour toute opération de vente via un crédit gratuit. Seulement, c'est écrit en tout petit et personne ne s'empresse pour vous offrir la ristourne quand vous passez à la caisse.

Alors pour croire que le crédit est gratuit tendis que le même produit coûte moins cher si on paie comptant, il faut croire que le Père Noël a élu domicile sur la planète Saturn.








mercredi 26 mai 2010

Retraites : les usagers de la SNCF épargnés par la réforme



On pouvait lire ce matin dans le Monde que le gouvernement envisage de ne pas toucher aux régimes spéciaux des retraites et en particulier ceux des agents de la SNCF et de la RATP, alors qu'il est question de repousser l'âge légal de départ à la retraite pour tous les autres salariés. Les Echos citent même une note interne envoyée par la direction de la SNCF aux cheminots pour les rassurer sur cette question, oh combien sensible!

C'est bien sûr un pur hasard si la mobilisation à la SNCF est prévue très faible demain à la SNCF: un trafic quasi normal pour les TGV, par exemple.

Faut il en arriver là pour assurer un fonctionnement relativement normal dans les transports? C'est oublier le sens de solidarité aigu qui règne à la SNCF: quand il y a une grève des trains, ce n'est jamais pour défendre les intérêts des cheminots, c'est pour le bien de tous les travailleurs.

Mais rassurons nous: tout sera fait pour que la réforme soit perçue comme étant absolument juste!


samedi 22 mai 2010

Une inversion

Il y a quelques jours, dans un cinéma, j'ai lu ce message:

"Faites un geste pour la nature, ne jetez pas vos lunettes 3D!"

Et voilà qu'on a l'impression tout de suite de faire une bonne action, plaisante et pas trop contraignante en plus. Chouette!

Alors que la Nature n'a pas besoin de nous ni de nos gestes de charité, c'est nous qui avons besoin d'elle.

Pourquoi ne pas se dire alors qu'on fait un geste pour le boulanger en achetant notre pain. Ou que l'on paye les intérêts d'emprunts par compassion pour le banquier?

mercredi 19 mai 2010

La liberté: un phénomène naturel




Si l'on considère que la liberté de chacun, et en particulier la liberté d'expression, est naturelle, on doit accepter le fait que les dégâts qu'elle peut causer sont assimilables à ceux d'un tout autre phénomène naturel: une tempête, un tremblement de terre, une inondation.


En rentrant hier soir très tard chez moi après plusieurs heures de galère dans la gare Montparnasse j'étais épuisée et au bord de crise de nerfs. Mais j'ai fini par me dire que ce qui est arrivé hier à des milliers de passagers bloqués dans cette gare n'était rien d'autre qu'une catastrophe naturelle, conséquence de la libre expression de la colère des infirmiers contre leur ministre. Quant le ciel se déchaîne, les vents arrachent les arbres, les toits, cassent les voitures. Et on ne peut en vouloir à personne: c'est la nature.



Quand les infirmiers se déchaînent, ils occupent les rails d'une gare, la circulation est coupée dans les deux sens, des milliers de personnes se retrouvent piégées là, dans le hall d'entrée, encerclés par les CRS pendant des heures pour éviter les mouvements de foule. Et on ne peut en vouloir à personne: c'est naturel, c'est la liberté de manifester.

mardi 11 mai 2010

La France: un pays juste



Voilà enfin que l'on entend ça et là les mots qu'il faut, les mots qui calment et apaisent les consciences enflammées par les inquiétudes, la révolte, la colère. Voilà que les hommes politiques semblent avoir trouvé le mot qui marche, le mot juste.

Sur les retraites, le président lui même nous promet une réforme, avant tout, juste. Et pour y arriver il faudra que ceux qui ont les moyens paient. "les hauts revenus et les revenus du capital pourraient être mis à contribution", titrait Le Monde hier.

Pendant ce temps, M. de Villepin estime que les mesures de rigueur, nécessaires pour résister à la crise, doivent s'accompagner d'une augmentation des impôts. Et il précise: "Il y a une exigence : que cette augmentation des impôts soit juste. Sollicitons ceux qui sont les mieux placés dans notre pays, ceux qui doivent donner l'exemple, ceux qui ont le plus de moyens."

Avant la France n'était pas un pays juste. Alors les riches, ceux qui avaient de la fortune, partaient vers d'autres pays, plus justes, où ils savaient que leur argent pouvait être mieux employé. Mais les temps ont changé. En France, les forces politiques ont enfin compris! Le ministère a appelé les expatriés fortunés à revenir en France pour y déclarer leurs revenus. Parce que désormais, la France est un pays juste. Et ils vont revenir! Ils vont sauver nos retraites, notre budget d'état, notre sécurité sociale. Tels des chevaliers vaillants, avec leurs armures en argent, armés de leurs boucliers en or, ils vont nous protéger de la crise!

Maintenant que nos yeux sont enfin ouverts sur ce qui est juste, la France peut indiquer le chemin aux autres, aux pauvres gens qui ignorent encore la bonne nouvelle de la libération! Mais oui, ces malheureux qui ont fui leurs pays, qui se retrouvent là, perdus. Comme ce jeune homme kosovar, polyhandicapé et toute sa famille. On les ramène chez eux, là où leurs riches à eux les attendent pour s'occuper d'eux.

Mais oui, dans toutes nos réformes désormais, le plus important, c'est que ce soit juste! Le chef de l'état le dit lui même, cité par le Monde:

"On voudra peut-être faire quelque chose à un moment ou à un autre pour que la réforme soit perçue comme absolument juste"

Soit perçue? Perçue, vous dites? S'agit-il d'une illusion?


mercredi 5 mai 2010

Difficiles évidences



Les choses les plus difficiles à expliquer sont celles qui nous paraissent évidentes. Essayez d'expliquer comment vous faites pour respirer, ou pour marcher. Vous le faites, c'est tout!

Je me suis vraiment rendu compte de cela seulement quand j'ai commencé à enseigner en classes prépas, après plusieurs années de travail avec les élèves ingénieurs. Ma première année de cours en prépas a été la plus difficile professionnellement. Je me suis retrouvée plusieurs fois bloquée, coincée, désarmée par les questions des élèves. Les questions que je ne me posais plus depuis très longtemps et que les élèves ingénieurs ne posaient pas non plus. j'ai découvert que mes élèves ne comprenaient pas ce qui me semblait être des évidences! C'est là que j'ai réalisé que ma formation en tant que prof ne faisait que commencer!
Quand quelque chose vous semble évident, vous le savez si bien que vous ne vous souvenez plus de l'avoir appris un jour. Vous avez l'impression de l'avoir toujours su, d'être né avec. Devant quelqu'un qui ne comprend pas une évidence on n'est pas forcément étonné, on admet que chaque chose s'apprend en son temps. Mais on éprouve souvent un réelle difficulté à expliquer. Parce que l'on a perdu la mémoire du chemin parcouru pour arriver à comprendre.
Je pense que c'est précisément là que se situe l'art de l'enseignant. C'est la capacité d'expliquer ce qui est évident qui fait de l'enseignement un véritable métier et exige un savoir faire spécifique. Savoir ne suffit pas pour enseigner. Le professeur doit posséder le savoir mais aussi la ou les façon(s) de l'acquérir.
Dans le labyrinthe des connaissances chacun avance avec plus ou moins de difficultés. Celui qui sait est celui a qui a réussi à parvenir à un certain endroit dans le labyrinthe. Mais celui qui enseigne doit avoir retenu le chemin qu'il a lui même trouvé et pouvoir guider les autres. Il doit aussi avoir le courage et l'envie d'y retourner pour explorer d'autres possibilités de parcours. Il doit aussi admettre que tous ses élèves ne suivront pas la route qu'il leur proposera. Certains se perdront. Il faut connaître le labyrinthe par coeur pour pouvoir aller les repêcher là où ils seront bloqués pour les remettre sur la voie de sortie. D'autres trouveront leur propre façon d'y arriver et apporteront ainsi au prof des renseignements précieux dont il pourrait faire profiter tout le monde.
Il faut également savoir composer les informations nécessaires à indiquer le chemin en dosant l'aide fournie avec justesse. Et c'est très difficile. Le plus facile c'est donner le chemin complet, à la façon d'un logiciel de navigation: tournez à gauche, faites trois pas, prenez la première à droite etc. Mais en faisant cela on n'apprend pas aux élèves à se repérer par eux mêmes dans le labyrinthe, à y établir progressivement leurs propres repères. Sans quoi, après des années passées dans les couloirs de l'enseignements ils en sortent inconscients de leurs savoirs et incapables d'apprendre. A l'opposé de cette approche de facilité se trouve la méthode "débrouille-toi". Très efficace pour ceux qui sont suffisamment murs et curieux pour explorer l'univers infini des connaissances de manière quasi-autonome. Le prof ne fait que poser les grands jalons. Mais cette approche peut s'avérer fatale pour ceux qui, sans être des incapables à vie, arrivent à se perdre et ne trouvent pas de l'aide au bon moment.
Dans un récent billet en réponse à une chaîne lancée par June Prune je donnais mon sentiment sur ce qui s'apprend et ce qui ne s'apprends pas pour être prof. L'art de guider les élèves et surtout celui de pouvoir adapter la façon de guider à chacun s'apprend, mais pas forcément pendant la formation initiale. Cela s'apprend en permanence avec la pratique.

Cela me mène à penser que la qualité essentielle d'un prof, sans laquelle on ne peut pas faire ce métier, est justement la capacité et l'envie d'apprendre en permanence. Celui qui termine un jour sa formation sort de manière plus ou moins définitive du labyrinthe. Celui qui décide de faire de l'enseignement son métier fait le choix d'y rester.

mardi 20 avril 2010

INSEE au pays des merveilles

Il y a déjà quelques semaines j'ai entendu sur France Info un commentaire sur une étudie publiée par l'INSEE sur les revenus des français. A le fin le journaliste, Emmanuel Kessler, a souligné un dernier point important avec ces mots:

Ce que montre l’INSEE, c’est l’accroissement des inégalités par le haut. Plus on est riche, plus on s’enrichit.

Cette remarque m'a fait sourire. Pour insister autant sur cet accroissement par le haut, il faut tout de même pouvoir supposer qu'il pourrait très bien se faire par le bas. Mais comment voulez vous que les inégalités se creusent par le bas? Quand on n'a déjà rien, que peut on encore perdre?

Il serait plaisant d'écouter tous ces beaux messieurs en débattre, en prenant une autre tasse de thé chez le Chapelier Fou. Alice prétendait qu'il lui était impossible de boire une autre tasse de thé si elle n'en a pas encore bu. Mais, tout compte fait, L'INSEE et France Info n'y verraient peut être pas d' inconvénient?

mercredi 31 mars 2010

Qu'est ce qu'un bon prof?

Cela fait un bon moment que June Prune a lancé une chaîne pour définir ce qu'est un bon prof. J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt toutes les réponses qu'elle a recueillies et publiés sur son blog.

Cela fait longtemps que je me pose aussi cette question et, même sans être directement taggée, j'ai bien envie de résumer ici ce que j'en pense, en suivant les questions de la chaîne.

A. Un "bon prof" en 5 mots

  1. Patient. Parce que celui qui enseigne est comme celui qui sème la graine et l'aide à prendre racine et à grandir. Cela ne se fait pas dans la précipitation, ni sous la pression du résultat. On ne doit pas travailler "à court terme" mais dans la durée. On doit prendre soin de préparer le terrain. C'est un travail ingrat et sans résultats apparents (dans l'immédiat) mais s'il n'est pas bien fait, la graine ne prendra pas. On doit la planter au bon moment, et attendre que les premières feuilles se montrent, très fragiles. On doit nourrir la plante et éliminer les intrus, longtemps, le temps qu'il faudra pour qu'elle s'enracine et soit capable de survivre par elle même. Et le plus difficile c'est que dans une classe on a autant de terrains différents qu'il y a de têtes devant nous, que les réformes scolaires passent chaque année comme des ouragans, détruisant tout sur leur passage. C'est là, surtout qu'il faut beaucoup, beaucoup de patience.
  2. Inventif. C'est vrai qu'un prof de maths n'invente pas les maths qu'il enseigne, mais il invente la façon de les enseigner. Et c'est très important à mon avis de pouvoir réinventer. Parce qu'on ne peut jamais tout prévoir. Il y aura toujours quelques questions qui reviendront d'une classe à l'autre. On s'y prépare. Mais il y a aura toujours une question qui n'a jamais été posée, une tête qui ne pense pas comme les autres, une imagination qui travaille autrement. Pour ceux là, on doit inventer encore et encore.
  3. Passionné. Pour donner envie de savoir il ne faut surtout pas cacher sa passion pour son domaine. Il faut aussi aimer transmettre aux autres ce qu'on a appris soi même.
  4. Exigent. Avec soi même et avec les autres.
  5. Drôle. Le rire est une chose formidable et une aide indispensable dans la classe. Pouvoir faire rire peut aider à détendre, à trouver un contact difficile à établir, à briser un mur de rejet. Cela fait du bien à l'élève et au prof. je pense que je ne pourrai pas faire ce boulot si je ne pouvais pas rire avec les élèves.

B. Ce que les profs devraient apprendre. La matière enseignée, bien sûr mais aussi et surtout le métier de l'enseignant, pas de celui qui sait, mais de celui qui sait enseigner. Et ce n'est pas du tout la même chose! Parmi les choses indispensables, je nommerais:
  • psychologie
  • didactique
  • gestion de conflits
  • techniques d'évaluation
  • multimédia (ce que cela peut apporter dans une leçon)
Une chose me semble primordiale. C'est d'apprendre tout une panoplie d'approches pédagogiques et pas une seule, la dominante "officielle" du moment. Car ce qui fait du prof un vrai professionnel c'est surtout sa capacité de manier tous les outils pédagogiques nécessaires pour aider à apprendre. C'est donc sa capacité d'adapter la méthode à l'élève, autant que c'est possible.

C. Pour faire un prof... ce qui s'apprend, ce qui ne s'apprend pas

Tout d'abord, je pense qu'on n'apprend pas tout en cours. Comme dans tout métier, il y a toujours une période d'apprentissage par l'exercice réel. Je ne crois pas qu'on puisse sortir "prêt à tout" de la formation. C'est comme dans la cuisine: il y a la recette, indispensable, mais il y a aussi "le tour de main", sans lequel on n'y arrive pas. Et le tour de main on ne l'apprend qu'en le faisant!

Enfin, ce qui s'apprend, en cours ou par la pratique, ce sont
  • les techniques de base de pédagogie
  • la prise de contact avec la classe
  • la gestion de situations conflictuelles
  • les façons de "tenir tête" à la classe
Ce qui ne s'apprend pas c'est le charisme, c'est la part de soi que l'on donne à ses élèves.

mardi 16 mars 2010

Le Doute


Il y a des moments comme ça, où on en vient à douter de son travail, de l'utilité et du sens même de ce qu'on produit. Ca y est, je crois que j'y suis! Eh bien, s'il faut y passer, comme tout le monde, soit!
Cela fait 10 ans que j'enseigne! Eh oui, ça ne me rajeunit pas. Il est temps de faire face aux questions auxquelles on ne peut pas échapper. On ne doit pas. Il est important de pouvoir se remettre en question quand une partie de carrière est derrière le dos. Pourquoi je fais encore ce métier? Est ce que j'y crois encore? Suis je sincère dans ce que je fais? Et surtout, est ce que je le fais bien?
Dans mon travail, mes pires ennemis sont le relâchement, la lassitude, le laisser aller, le sentiment d'impuissance. Ils sont comme des virus, invisibles mais toujours présents, prêts à nous envahir au moindre signe de faiblesse. Et il est parfois si difficile d'y résister! Quand on sent derrière son dos une classe qui s'ennuie, quand on a l'impression de perdre son temps devant l'énormité d'ignorance et de désintérêt, quand on n'arrive plus à faire rire, quand on se sent révolté mais impuissant devant les calculs d'épicier sur les notes qui priment devant l'envie de savoir, quand on a l'impression qu'il n'y a plus d'envie de savoir, comment résister à l'envie de laisser tomber qui monte? A ces moments on se sent très seul devant le doute qui ronge.
Quand j'y pense avec le recul, j'ai l'impression que j'ai toujours la même passion de transmettre, de faire découvrir, de partager. Mais la passion n'est pas toujours une bonne alliée de l'efficacité, elle peut même empêcher de voir les choses rationnellement et réagir correctement lorsque les enseignements ne passent pas. Aujourd'hui, j'ai passé une séance difficile dont je suis sortie avec le sentiment amer d'échec. J'ai pris le pari difficile de faire travailler des élèves en fin de cycle préparatoire sur des problèmes concrets qui ne sont pas des exercices typés qu'ils ont l'habitude de résoudre. Je voulais les faire sortir du moule bien formaté dans lequel ils se sont installés et dans lequel ils ne font que reproduire mécaniquement les théorèmes, les démonstrations et les exercices type ; je voulais et les amener à utiliser ce qu'ils apprennent en mathématiques. Et c'est là que ça coince! C'est plus difficile que je ne pensais. Je vais certainement devoir rectifier le tir, mais dois je céder pour autant devant leur refus, leur incompréhension?

Tout cela me ramène encore et toujours à la question qui me tracasse depuis un moment. Est ce que le système d'enseignement dominant qui consiste à dispenser un certain nombre de cours et de faire faire aux élèves une sélection d'exercices, puis à contrôler leurs acquis par un examen est le plus pertinent pour former de futurs ingénieurs? On ne peut pas ne pas reconnaître les vertus de cette approche: elle est systématique, rationnelle, en quelque sorte "universelle" etc. Mais, comme tout système bien rôdé, elle présente un grand danger: devenir une fin en soi. On fait des cours pour entendre les élèves les réciter, pas pour les faire réfléchir sur les nouvelles notions. On fait des exercices pour s'entrainer à faire les exercices de l'examen, pas pour mieux comprendre. On suit un cours pour passer l'examen de ce cours, pas pour apprendre. On passe l'examen pour obtenir la note, pas pour mesurer sa progression et en tirer les conséquences.

Cela fait perdre tout sons sens à l'enseignement. Et pourtant j'ai une forte impression que c'est ce qui nous arrive! Ou bien, suis je trop pessimiste aujourd'hui?



Mélancolie

Cela fait déjà un moment que je ne suis pas revenue sur ces pages. Plusieurs semaines de travail sous pression sont derrière moi et très peu de moments de calme relatif pour se poser et mettre en forme les idées, toujours nombreuses, qui passent par la tête. Me voilà donc enfin devant la page blanche sur l'écran, dans le train.

Souvent, quand je m'installe dans le TGV de retour, quand je regarde par la fenêtre, une certaine mélancolie m'envahit. Je vois ces paysages passer à la vitesse de train devant mes yeux plusieurs fois par semaine. Le matin je vois le soleil de lever sur les pleines endormies sous la couverture de brume, le soir je le vois se coucher. Je passe, vite, toujours très vite. Le matin je quitte une petite ville de province, charmante et agréable à vivre, je traverse le tiers de la France en une heure et demie, je me jette dans le métro. Cela donne l'impression parfois de changer de planète plusieurs fois par semaine. Le fait de parcourir de telles distances régulièrement n'est pas toujours une chose agréable. Parfois j'ai le sentiment de perdre une partie de moi même, de mon intégrité dans tous ces mouvements, dans cette vitesse. Dans le train on n'est nulle part, comme suspendu dans le temps et dans l'espace. Quand on passe le temps de voyage à travailler on ne voit même pas les paysages passer. Et en débarquer soudain à Paris fait alors une drôle d'impression. Et on se demande alors pourquoi, mais pourquoi je fais ça?!

Ça, c'est une bonne question! Je n'ai peut être pas le courage d'y répondre ce soir. En tout cas, je reprends mes modestes pensées.

jeudi 4 février 2010

Toujours les copies




Est ce que Superman corrige des copies en détresse?


Correction de copies



Je corrige des copies, des petites copies, encore des petites copies
Des p'tites copies, des p'tites copies, toujours des p'tites copies
Des copies de seconde classe
Des copies de première classe
Je fais des copies, des petites copies, encore des petites copies
Des petites copies, des petites copies, toujours des petites copies
Des petites copies, des petites copies, des petites copies, des petites copies


samedi 16 janvier 2010

La course à l'infini


"Il est un concept qui corrompt et dérègle tous les autres. Je ne parle pas du Mal, dont l'empire est circonscrit à l'éthique; je parle de l'infini."
J.L. Borges, (1939).


Au Vème siècle avant notre ère le philosophe grec Zénon d'Elée énonçait quelques paradoxes mettant en évidence les contradictions profondes engendrées par les conceptions de l'infini et de l'infiniment petit proposées par les écoles de pensée dominantes de son époque. L'un d'eux est le célèbre paradoxe d'Achille et de la Tortue. Voici l'histoire.

La Tortue vient voir Achille, le grand athlète, et lui propose de disputer une course de 100 mètres avec elle. Achille, sûr de sa victoire, mais beau joueur, accorde une avance de 50 mètres à la malheureuse. Une fois le départ donné, les deux se mettent en route, chacun selon ses moyens. Mais au moment où Achille atteint le milieu de la distance, où la tortue se trouvait au départ, elle a avancé et se trouve devant lui. En continuant ainsi, à chaque fois qu'Achille atteindra la position occupée par la tortue à un instant donné, cette dernière, avancera un peu et sera toujours devant lui. Il est donc impossible à un athlète comme Achille de rattraper une pauvre bête comme la Tortue?

Bien sûr, Zénon était conscient que n'importe qui, sans être Achille, pouvait gagner une course contre une tortue. Et pourtant, son raisonnement construit à partir de l'hypothèse que le temps était infiniment divisible le menait à une contradiction. Pourquoi? Qu'est ce qui manquait à la conception mathématique grecque de cette époque pour pouvoir éliminer le paradoxe?

Supposons pour simplifier qu'Achille court 2 fois plus vite que la Tortue. Combien de temps il lui faut pour rattraper la Tortue si l'on suit le raisonnement de Zénon?

Il lui faudra un temps T pour parcourir les premiers 50 mètres afin d'atteindre la position initiale de la Tortue. Mais alors la Tortue avancera de 25 mètres car elle court deux fois moins vite. Il faudra donc à Achille le temps T/2 pour atteindre la nouvelle position de la Tortue. Si on poursuit ainsi le raisonnement de Zénon, le temps que va courir Achille avant de rattraper la Tortue devrait être

T+T/2+T/4+T/8+T/16+.....T/2^k+....

Le problème c'est que cette somme n'a pas de fin. Elle est infinie. Et c'est là, la clé du mystère! Si les mathématiciens grecques contemporains de Zénon avaient une certaine idée de l'infini et utilisaient cette notion dans les raisonnements, il était inconcevable pour eux qu'une somme infinie de quantités positives puisse avoir une valeur finie!

Il a fallu plusieurs siècles et les contributions des plus grands mathématiciens du monde entier pour pourvoir lever ce paradoxe définitivement.

Il a fallu tout d'abord concevoir le zéro en tant que véritable nombre (vers le VII-ème siècle, en Inde)! Il a fallu des siècles de développement de l'algèbre et de la géométrie au Moyen Orient (VIII-ème-XVII-ème). Il a fallu que Europe se réveille enfin de son long sommeil moyenâgeux et redécouvre lentement les sciences, la philosophie et, entre les deux, les mathématiques et que les plus grands penseurs européens de la renaissance s'attaquent enfin avec ferveur aux problèmes vieux de plusieurs centaines d'années.

C'est donc là, en Europe et surtout en France, autour de XVII-XVIII ème siècles que se termine cette course paradoxale, la course vers l'infini. Après une lente et laborieuse libération de la notion de l'infini de ses aspects métaphysiques et irrationnels. Après la conception de la notion de limite et avec elle, de la convergence. Cauchy, Leibniz, Lagrange, Fermat, Newton, Ricatti, Fermat, Wallis, Pascal, Fourier, Euler et de nombreux autres grands esprits ont contribué à ce développement. Plus tard, au XIXème, le mathématicien allemand Georg Cantor [1845-1918] développera la théorie des ensembles, posant ainsi les fondements des mathématiques modernes et, en autres, de la conception moderne de l'infini.

Mais, est elle vraiment finie, cette course? Pas vraiment. Elle se répète indéfiniment à chaque fois que des jeunes esprits se retrouvent confrontés, à l'école, à cette notion. Car la conception de l'infini n'a, à mon avis, rien d'inné, rien d'intuitif. Bien au contraire, elle révèle en chacun de nous les paradoxes les plus profonds, les plus inconscients, les plus troublants de notre perception du monde qui nous entoure. Comprendre la notion mathématique de l'infini est justement l'excellente occasion à apprendre à faire la différence entre la perception et la conception rationnelle des choses, apprendre la véritable rigueur de pensée.

C'est peut être l'occasion de découvrir à quoi servent vraiement les mathématiques?


Sources: Une histoire des mathématiques de Amy Dahan-Dalmédico , Jeanne Peiffer

Théorie des distributions: rien de plus facile!


Je m'inquiétais dans un récent billet des difficultés que peuvent éprouver mes élèves devant une théorie réputée abstraite. Mais ce matin, je me suis rendue compte, en lisant "Le Canard enchaîné" que je me suis fait du souci pour rien.
Dans un article consacré à la suppression de la taxe professionnelle Le Canard analyse le nouveau dispositif de taxation qui la remplacera. Il cite une explication fort éclairante sur le mode de calcul de cette nouvelle taxe, appelée "Contribution économique territoriale", donnée dans "La Tribune" du 15/12. Je recopie ici, c'est édifiant:
"A partir de 152 500 euros de chiffre d'affaires les entreprises se verront appliquer un taux de 1.5% sur leur valeur ajoutée et bénéficieront simultanément d'un dégrèvement calculé comme la différence entre le montant dû en application du taux de 1.5% et le montant résultant de l'application du barème progressif. "
A coté de cela la théorie des distributions parait d'une simplicité enfantine!

La foire aux bonus


On parle beaucoup en ce moment des bonus que les différentes banques dans monde entier attribuent à leur braves traders pour leurs bons et loyaux services. Personnellement, je ne suis pas opposée aux bonus. Après tout, si quelqu'un a contribué de façon significative à la progression de la banque, à l'amélioration de sa santé économique, pourquoi ne pas le récompenser?
Mais alors, cette année, il devrait y avoir des bonus pour les états. Les traders ont des primes en fonction des millions qu'ils rapportent dans les coffres des banques? Mais cette année de nombreux états ont mis la main dans la poche (de leurs contribuables (sic)) pour mettre de jolies sommes dans ces mêmes coffres, désespérément vides. Grâce à cet argent les banques ont évité le pire, la banqueroute.

Ils sont où, les bonus?

samedi 9 janvier 2010

Paradoxe

L'enseignement classique des mathématiques, tel qu'il est fait au colège et lycée, ainsi que le plus souvent à l'Université et dans les classes préparatoires, porte en lui la graine d'une contradiction difficile à résoudre.

On enseigne les mathématiques à l'aide d'exercices et de problèmes dont on connaît la solution et la méthode de résolution, alors que ces mêmes mathématiques devraient servir à résoudre les problèmes dont personne ne connaît encore la solution ni la méthode d'approche.

Ainsi, dès le plus jeune age, on donne à nos élèves une idée complètement fausse des mathématiques, une idée d'un catalogue de problèmes et de méthodes de calcul, plus ou moins abstraits, qu'il faut apprendre pour passer les examens.

Alors que les mathématiques sont une science où on invente, on crée, on se débrouille, on bricole, on retourne les idées sens dessous-dessus et le tout dans la rigueur absolue de la raison. Alors qu'il n'y a qu'une seule et unique méthode en mathématiques, celle de la logique. Le reste est la liberté d'imaginer.

Que faire?

lundi 4 janvier 2010

Bonne annnée

En cette période très particulière qui suit les fêtes de fin d'année il est de tradition de faire part de ses voeux (toujours les meilleurs et les plus sincères) pour la nouvelle année qui commence. A l'époque où le mail fait de la concurrence déloyale à la bonne vieille Poste, j'aime encore écrire et recevoir des cartes postales, des vraies. J'aime ce moment bien particulier, où l'on s'apprête à poser sur le joli carton, choisi avec soin, quelques mots simples à l'intention d'une personne proche, un ami, un parent. J'aime voir la ligne bleue laissée par la plume sur le papier former des lettres, des mots, des phrases. C'est un bref moment où l'on se rapproche, par la pensée, d'un être cher. C'est l'instant où les mots de circonstance, délavés et décolorés par l'usage massif dans les " voeux officiels" de tout genre, retrouvent leur chaleur et leur sens. J'aime coller un joli timbre sur l'enveloppe et aller la glisser dans la boîte postale en pensant encore une fois au chemin que ma carte va parcourir avant d'atteindre son destinataire.

Mais, il faut bien vivre avec son époque! Cette année, pour la première fois, grâce à ce blog, j'ai l'occasion de lancer un "bonne année!" dans le vaste océan de l'Internet.

A tous ceux qui le liront un jour, qui visiteront un jour ces pages, je souhaite une très bonne année 2010, pleine de belles idées qui vous feront rêver, de meilleurs découvertes qui réaliseront vos rêves, des rencontres étonnantes, et surtout, de la paix!

Bonne année!