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samedi 14 novembre 2009

Le statut d'autoentrepreneur: un décolage réussi... en jetant du leste?

Me voici remontée à la surface pour le week-end.

Avant d'aller ramasser les feuilles tombées (eh, oui, il y en beaucoup dans mon jardin!) je fais ma tournée bureaucratique hebdomadaire. Cette semaine, elle n'est pas drôle du tout: non seulement ce week-end on paie nos taxes d'habitation, mais en plus, je dois signer quelques chèques bien dorés à destination de l'URSSAF, RSI, CIPAV et autres noms de caisses imprononçables car voilà un peu plus d'un an que j'exerce une activité professionnelle en tant qu'indépendant. J'aimerai bien, moi aussi, annuler cette distribution d'argent pour cause d'impossibilité d'assurer la sécurité, ou pour toute autre cause d'ailleurs. Mais quelque chose me dit que cela nous coûterait encore plus cher in fine.

Donc, je signe. Chaque chèque signé ravive en moi un sentiment d'injustice et une forte impression de m'être fait avoir. Et voilà pourquoi.

C'est en septembre 2008 que les choses ont changé pour moi sur le plan professionnel. J'ai dû quitter mon poste d'enseignant permanent mais je ne voulais pas pour autant abandonner l'enseignement. Il était donc question de devenir vacataire. Petit à petit l'idée de m'installer partiellement à mon compte a fait son chemin. Je me suis donc mise à éplucher les différentes documentations et guides pour les novices comme moi en la matière. Je me suis vite rendu compte que la formule la plus adaptée à mon cas serait la micro-entreprise: pas de TVA, pas d'obligation de tenir une comptabilité compliquée.

On parlait aussi beaucoup du nouveau statut annoncé en grande pompe par le gouvernement: celui de l'auto-entrepreneur. Il devait devenir officiel à partir du 1er janvier 2009. Il promettait de simplifier les procédures et offrir un certain nombre d'avantages : le seuil sur le chiffre d'affaires plus élevé que pour la micro-entreprise (32K€ au lieu de 27 K€ par an) et surtout le paiement des prélèvements sociaux et autres charges en fonction du vrai chiffre d'affaires du moment. C'était le plus intéressant! En effet, pour touts les autres régimes, les charges que l'on paie l'année "n" sont calculées sur le chiffre d'affaires réalisé l'année "n-2". Pratique, non? Et quand on débute et qu'on n'a pas encore réalisé de chiffre d'affaires "n-2", on vous l'invente, au forfait! Donc, quand on débute une activité, même si on n'a pas encore réalisé de contrats, on a déjà des charges à payer. Et ce n'est pas toujours facile à supporter. Avec ce nouveau statut les choses seraient simplifiées. A tel point même que la phrase "pas de chiffre d'affaire, pas de cotisations" est devenue presque le slogan de promotion de cette nouvelle mesure du gouvernement.

Alors, en septembre 2008 j'ai beaucoup hésité à attendre jusqu'en janvier 2009 pour pouvoir opter pour cette solution, bine plus avantageuse. Mais le travail, lui n'attendait pas, et surtout, toutes les sources officielles d'information à ce sujet étaient formelles: tous ceux qui seront déjà en activité en 2009 pourront changer de statut.

J'ai donc déclaré en bonne et due forme mon activité dès le mois de septembre 2008, avec une ferme intention de changer en 2009 de statut. Et voilà que la désillusion arrive.

Aujourd'hui on entend surtout des auto- congratulations du gouvernement au sujet du lancement de la formule "auto-entrepreneur": grand succès, déjà plus de 300 000 déclarations enregistrées, "vous voyez, ça marche!". Cela cache tout de même une réalité qui n'est pas si rose. Une partie de travailleurs indépendants a été "oubliée".... ooups.

Les problèmes pour les professions libérales ont commencé dès le début :

"A l'évidence, le nouveau statut d'auto-entrepreneur connaît un premier couac puisque les professions libérales ne peuvent pas relever de ce statut, à l'exception marginale de celles qui dépendent du régime social des indépendants pour la branche retraite.

Pour résoudre cette difficulté, l'Assemblée Nationale a adopté, le 13 janvier 2009, le projet de loi pour l’accélération des programmes de construction et d’investissement publics et privés qui comprend un amendement devant permettre aux professions libérales relevant de la CIPAV (Caisse Interprofessionnelle de Prévoyance et d'Assurance Vieillesse) de pouvoir opter pour le statut d'auto-entrepreneur." (Le post, le 15/01/09).

Le dit amendement a été voté fin janvier, mais le problème n'a pas été résolu complètement. Seuls les "nouveaux créateurs" pouvaient opter pour ce régime miracle. Pas ceux qui étaient déjà en activité. Les réponses sont très claires sur www.lautoentrepreneur.fr, le portail officiel des auto-entrepreneurs:

Je suis déjà artisan ou commerçant. Est-ce que je peux bénéficier du statut d'auto-entrepreneur ?
Oui. Si vous êtes au régime fiscal de la micro entreprise, vous pouvez opter pour le régime micro-social simplifié et éventuellement pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu avant le 31 décembre 2009 pour une application à partir du 1er janvier 2010.
Cependant vous n'êtes pas concerné par la dispense d'immatriculation au RCS ou au RM.
J'exerce une activité libérale. Est-ce que je peux bénéficier du statut d'auto-entrepreneur ?
Non, actuellement le dispositif n'est ouvert qu'au professionnel libéral relevant de la CIPAV et créateur à partir du 1er janvier 2009.

Une association a été créée, Collectif Libéraux, pour tenter de réparer cette injustice. Au dernières nouvelles que l'on peut lire sur leur site, les efforts ont été vains. Ainsi, tous ceux qui, comme moi, on déclaré une activité indépendante en tant que profession libérale (enseignants, architectes, ingénieurs, conseillers etc) sont autorisés à aller gentiment se faire cuire un oeuf, à défaut de pouvoir mettre du beurre dans leurs épinards. Il n'y a pas de beurre pour tout le monde. Circulez!
Je n'aime pas les oeufs.



dimanche 8 novembre 2009

We all live in a Yellow Submarine

En ce moment, je passe mes semaines en immersion totale dans les eaux profondes de l'océan Du Boulot. Je remonte à la surface le week-end, le temps de refaire des provisions, payer des factures, soigner mon jardin et voir comment va le monde.
Une brève escale dans le jardin, le dimanche dernier (déjà novembre!?!) m'a apporté une grande bouffée d'air frais. Le temps de ramasser quelques feuilles mortes, sentir la terre sur mes doigts, regarder s'endormir mes arbres.
Quant aux nouvelles du monde, elles me donnent plutôt envie de replonger. Voilà qu'on nous ressort des placards le débat sur l'identité nationale. Facile! Pour ne pas poser et chercher à résoudre rationnellement le vrai problème, celui de la régulation de l'immigration, un facteur de développement économique et démographique incontournable, on vire (machines toutes!) dans la psychose nationale identitaire. Et comme personne n'est capable visiblement de dire au peuple ce que c'est que d'être un bon français, on se contente de stipuler ce qu'est de ne pas l'être. Et voilà que la réponse devient facile et compréhensible pour tout un chacun: "JE suis français parce que LUI, l'Autre, ne l'est pas!". Oui, oui, toujours la même sauce, on a déjà vu ça chez les psys: l'affirmation de soi par l'abaissement de l'autre, et tralala. Il n'y a vraiment pas autre chose dans les idées?
Je zappe: l'Europe fête les 20 ans de la chute du mur de Berlin. Et voilà que Le Monde se demande très sérieusement si, oui ou non, notre président de la République a été à Berlin le jour J à l'heure H. Ah bon? Parce que cela est sensé avoir eu une influence déterminante sur le cours de l'Histoire? Et pendant ce temps ça pleut des commentaires et souvenirs de tout genre. Ceux qui m'étonnent le plus, ce sont ceux qui disent : "Certes, la population de l'est a gagné en liberté de parole et de pensée, mais ils ont retrouvé le chômage et la pauvreté qu'ils ne connaissaient pas sous le régime communiste. Ils avaient tous un emploi, un logement gratuit etc. ". Non, mais je rêve?! Un logement, gratuit? Ah oui, dans les foyers d'ouvriers: trois familles dans la même pièce, et commodités au fond du couloir, l'eau chaude le dimanche, s'il fait beau. Et on payait le loyer aussi! Et on ne pouvait pas choisir où on allait habiter, pas moyen de changer d'adresse. La famille s'agrandit? On s'entasse! On ne connaissait pas la pauvreté? Et encore comment! Mais bien sûr qu'il y avait des pauvres et des moins pauvres. Les riches, c'est vrai, il n'y en avait pas beaucoup. Parce qu'on croit qu'un peuple qui vit avec la nourriture rationnée (beurre, farine, viande, sucre, céréales) n'est pas pauvre? Non, ce n'était pas le paradis de partage de richesses et des fruits du travail qu'il y avait derrière ce mur. Ce sont des pays ruinés par des années de course à l'armement et sous perfusion de propagande qui ont enfin ouvert les yeux sur le monde qui les entoure. Ont ils pour autant retrouvé la liberté?
Bon, je sens qu'il veut mieux que je replonge, finalement. Allez, immersion immédiate et avec la musique! "We all live in a Yellow Submarine!"

lundi 30 mars 2009

A l'heure d'été : matin

   
 Ce matin, 7h30. Réveil en sursaut avec un mauvais pressentiment. Je regarde mon fidèle réveil, à mon service depuis voilà  bientôt deux ans, sans faille! Pourquoi il est 1h15 du matin et il fait jour dehors? Mon réveil est mort! Pas le temps de faire mon deuil: le train part à 8h06.

  Ce matin, 8h06. Mon train a été annoncé. J'attends  au bord du quai. J'entends la voix de la SNCF  qui annonce, avec son petit accent saccadé  d'automate qui essaie de ressembler à une femme: "suite à une panne électrique le train TGV en provenance de...", bref, le train que j'attends, "est annoncé avec un retard de ... 40 minutes environ". J'admire un bref instant le roulement, toujours rassurant   de la voix en fin de phrase. Quelle que soit la nouvelle annoncée, toujours une touche réjouissante et apaisante dans l'intonation automatique. Fascinant. Ma deuxième pensée: "Il n'y a pas que mon réveil qui est mort ce matin". Mais cette pensée ne semble pas me rassurer: mon amphi, départ initialement prévu à  ... 10h50, est annoncé avec un retard de ... 40 minutes environ.

  Ce matin, 8h10. J'appelle l'école. Heureusement, j'ai tout de suite la bonne personne au bout du fil. J'explique mon problème. On gère...
  -Je peux peut être permuter mon cours avec celui d'après? 
-Manque de chance, cette semaine il n'y a pas de cours après le mien. Les élèves n'attendront pas. Mais demain, mardi, il y a un créneau à 14h00. 
-Oui, mais les Tds de cette après-midi? Je ferme les yeux, je revoie mon Td, tel que je l'ai prévu. Quelles marges d'improvisation sans amphi?  Je devrais pouvoir m'en sortir. Ok. Va pour l'amphi demain. 

On gère...

  -Seulement demain j'aimerais le faire de chez moi, en visio. 5h de trajet pour une heure d'amphi, c'est trop. 
-Compréhension. 
-J'aurai besoin d'aide pour la technique en amphi. Oui, on contacte  les personnes concernées. 
On gère....

   Conclusion. Cette après-midi ce sera en live et sans filet.  Après tout, rien n'arrive par hasard. Pour se réveiller le lendemain du passage à l'heure d'été, rien ne vaut un bon coup d'adrénaline. Hmmm. Un café et un croissant seraient les bienvenus quand même. J'ai 40 minutes pour prendre tranquillement mon petit déjeuner au café d'en face. J'y vais...

   Ce matin, 9h08. Ouf, je suis dans le train. Je me demandais justement, en bon prof de maths et pour tuer le temps dans le tout petit hall de la gare SNCF de Châtellerault, à combien il fallait estimer "environ" dans les annonces de retard de la SNCF. "Environ" signifie pour moi qu'une marge d'erreur existe dans l'estimation de la durée annoncée. De combien est cette marge? En absence de toute autre donnée que mes propres observations, en voici une première mesure:
   40 minutes environ = 60 minutes
   Par un calcul dont j'épargne à mes lecteurs les détails techniques, j'en déduis que (pour cette fois) l'erreur est de 20 minutes.   Je vais l'ajouter à mes statistiques.

   Ce matin, 9h30. J'ai l'occasion inespérée de recueillir une nouvelle donnée dans ma toute fraîche série temporelle des marges d'erreurs d'estimation de durée de retard des TGVs.  Un arrêt exceptionnel  de notre train en gare de St. Pierre des Corps est annoncé. On devrait patienter environ 25 minutes. Une fois repartis, voici ma deuxième mesure:
   25 minutes environ = 5 minutes.
   Cette fois ci il me faut bien réveiller quelques neurones de plus pour réussir mes calculs. Résultats: l'erreur est de -20 minutes. Je l'ajoute à mes statistiques.

   Ce matin, 10h12. Ça roule. Un nouvel arrêt a été annoncé: "Mesdames, messieurs, dans quelques instants notre train effectuera un arrêt exceptionnel en gare de .... de 15 minutes environ". On a peut être mis 15 minutes à s'approcher à pas de loup de la gare en question (pour ne pas réveiller les habitants? ) mais on s'y est pas arrêté! J'en déduis une nouvelle mesure (quelle chance!) :
   dans quelques instants=jamais
   Hmmm. Difficile à quantifier. Donnée inexploitable. Je ne l'ajoute pas à mes statistiques.

   Ce matin, 10h20. Ça roule. S'il faut trouver dans ce retard une chose positive pour consoler les voyageurs de tous les problèmes qu'ils vont avoir à l'arrivée, ce serait une occasion rêvée de réviser nos stats. Moi, en tout cas, j'en profite! 

Par exemple,  avec les quelques données qui m'ont été offertes, je pourrais dire qu'en moyenne, les erreurs d'estimation de durée de retard des TGV sont nulles! (-20+20=0).   S'il fallait réviser en même temps les techniques de communication commerciale, j'ajouterais que c'est une très bonne performance et j'omettrais de mentionner que l'écart type  est de 20.    

jeudi 12 mars 2009

Si j'avais 13 ans...

Cette après-midi je parcourais "Le Canard enchaîné" d'hier, 11 mars, dans le RER quand je suis tombée sur deux petits articles, placés côte à côte sur la dernière page  et qui m'ont glacé le sang.   
 
 Le premier raconte l'histoire du groupe de collégiens de la région de Bordeaux  qui sont venus à Paris le jeudi 5 mars pour une journée découverte dans le cadre de cours d'éducation civique.  Après la visite du Louvre, de la Tour Eifel  et de l'Assemblée Nationale, la journée s'est terminée pour eux par une leçon  pratique imprévue. Tandis qu'ils attendaient leur TGV dans le grand hall de la gare Montparnasse un groupe d'étudiants manifestants est passé près d'eux. Les CRS sont arrivés de tous les cotés en chargeant sur les étudiants. Les collégiens, coincés au beau milieu de la bousculade, se sont pris des coups de matraque malgré les tentatives désespérées de leurs professeurs de prévenir qu'ils n'avaient rien à voir avec la manif. 
 
 Ils sont rentrés chez eux, choqués et avec des contusions. Et comme si cela ne suffisait pas, une dernière leçon leur a été servie par les communiqués officiels du ministère de l'intérieur. La ministre elle même a  déclaré: "Je suis moi-même enseignante de formation, quand on a la charge d'un certain nombre de jeunes et notamment de très jeunes, on évite de les mettre dans des lieux où il peut y avoir des manifestations et des mouvements de foule"(source: NouvelObs ).
 
 Alors finis les voyages scolaires en train car les gares ne sont plus des lieux fréquentables pour les enfants. Et si on pousse un peu, il faudrait déclarer le couvre feu dans les collèges et lycées interdisant tout rassemblement de plus de trois personnes pour éviter tout risque de manif dans les établissements fréquentés par les mineurs.  
 
Juste à coté de cette histoire, je découvre qu'au Brésil, l'archevêque de Recife dom José Cardoso Sobrinho vient d'excommunier un groupe de médecins qui a avorté une fille de 9 ans tombée enceinte de jumeaux après avoir été violée par son beau-père à plusieurs reprises. On peut d'ailleurs lire aussi l'article du Monde consacré à ce sujet. Et le beau-père, lui, n'a pas été excommunié. Ce pauvre pécheur mérite, d'après l'archevêque, la compassion car il est contre l'avortement! Le pire péché, celui qui est au-dessus de tous les autres, est pour l'église celui d'enlever la vie. Je veux bien. Mais alors comment l'archevêque, cet homme de foi sensé être humaniste avant tout, peut il ainsi diminuer l'innommable commis par ce beau-père: il a déjà enlevé la vie à cette enfant en la violant.  Les médecins, horrifiés par ce qu'ils ont vu, étaient formels: les organes d'une enfant de cet âge ne sont pas développés pour donner la vie. Cet homme n'a il pas  condamné la petite fille à une mort quasi certaine, lente et douloureuse,  en la mettant enceinte?
 
 En lisant ces deux articles je me suis rappelée une citation entendue à la radio il y a quelques jours :"Nous n’héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants". Un message écologique, oui. Mais ne devrait on pas dire la même chose de notre société? Nous, les grandes personnes, ce que nous faisons et ce que nous disons, nous le faisons devant nos enfants. Ils nous regardent, ils nous entendent et  ils ne manqueront pas d'en  tirer des enseignements. Mais lesquels? 
 
 Alors si j'avais 13 ans en lisant ces deux articles, que penserais je de l'Église et de la République? Je ferais comme la petite fille du court métrage de Pixar "L'Homme-orchestre" que je recommande chaudement.  Je ferais ma propre musique.