lundi 25 octobre 2010

Au fil des mots...



Je reviens d'un court voyage en Ukraine, à Kharkov où en pleine campagne pour les élections municipales la ville est décorée des affiches grand format des différentes formations politiques locales avec des slogans plus beaux les uns que les autres. L'une de ces formations a choisi la simplicité avec l'appel suivant:

"Votez pour des gens normaux"

Si ce n'est pas de la propagande c'est la pub qui occupe l'espace public urbain. Une fabrique de charcuterie vante, photos à l'appuie les mérites de ses

"Saucisses faites avec de la VRAIE viande! "

A l'autre bout du monde, aux USA, on peut s'acheter au supermarché une boîte de biscuits

Avec de vrais fruits!

Et voilà que ce matin je lis sur la une de Libé le titre :

Irak: révélations d'une guerre sale

Une VRAIE guerre, entre gens NORMAUX, avec de VRAIS morts? Comme si une guerre pouvait être autre chose que sale.



mardi 5 octobre 2010

Extranée



Il y a une quinzaine de jours j'ai rencontré une personne sur mon nouveau lieu de travail à Paris qui, après le bonjour, m'a aussitôt demandé si je parlais bien français. Et ce avant même de me laisser le temps de dire quelques mots. Sur le coup, je n'ai pas réagi, bien qu'étonnée par cette question. Je me suis contentée de répondre simplement : "Ça va, je me débrouille".

Mais cette rencontre m'a laissé une drôle d'impression. J'ai réalisé soudain que cela faisait très très longtemps que l'on ne m'a demandé si je parlais français, même les personnes connaissant mes origines russophones. Ce n'est pas la question en elle même qui m'a troublée le plus. C'est le fait que, en réalité, si on veut savoir si une personne est à l'aise en français il suffit de la laisser dire quelques mots, en posant une ou deux questions anodines.

Cette question, si banale soit elle, même enrobée de ton de bienveillance polie peut suffire à elle toute seule à mettre une distance, une barrière entre vous et celui ou celle qui vous la pose. Elle vous renvoie à votre place de l'AUTRE, de différent.

Quelques jours après cette rencontre je suis tombée sur un mot nouveau en lisant un article dans Libération sur les difficultés administratives et autres des français nés à l'étranger ou dont les parents étaient nés ailleurs. L'auteur de l'article les appelait des "extranés", ces "français d'origine étrangère". Une sorte d'extraterrestres qui, même s'ils ressemblent en apparence aux humains de France, ont tout de même quelque chose de différent, d'inquiétant. Je me suis dit que ça, c'était bien le me mot pour dire ce que je suis.

Je suis une extranée.


mercredi 15 septembre 2010

Infini


Si on avait un mirroir qui pouvait nous montrer notre propre avenir on passerait notre temps à regarder notre vie future au lieu de la vivre. Alors dès le premier regard dans ce mirroir on ne verrait que nous mêmes assis devant le mirroir magique et regardant nous même, assis devant le mirroir et regardant nous mêmes , assis devant......

Si on avait un autre mirroir, pouvant montrer l'avenir d'une autre personne, que l'on ne connaît même pas, quelque part loin, en y jettant un coup d'oeil, on verrait une personne inconnue devant son mirroir, regardant une autre personne, assise devant un mirroir semblalble et regardant une autre personne... Et ainsi de suite jusqu'à la personne qui nous reagarde...
Qui sait, si on trouvera un jour ce mirroir magique. Qui sait s'il existe. Mais, après tout, un simple mirroir nous montre déjà la même chose: notre avenir, vu de face.

mardi 29 juin 2010

Logo-rallye

Le logo-rallye est un jeu d'écriture qui consiste à composer un texte en y insérant une liste de mots imposés. L'exercice est d'autant plus difficile que l'ordre d'apparition des mots est imposé et que les mots choisis n'ont à première vue pas grand chose à voire les uns avec les autres.

Nous avons la chance d'assister à un concours national de logo-rallye dont le thème cette année est "La réforme des retraites". Les concurrents ont reçu les instructions suivantes: écrire un projet de réforme des retraites, en employant le plus possible les mots "juste" et "il faut faire payer les riches". Deux équipes s'affrontent en finale: l'équipe de gauche et l'équipe de droite.

Le projet de l'équipe de gauche se distingue par l'utilisation fort impressionnante du premier mot imposé: "juste". Il en a plus que de virgules dans le texte. Quant à la deuxième mesure imposée, l'exercice est fort délicat. L'équipe de gauche propose ainsi de taxer le capital: les bonus, les stock-options, les revenus du capital. S'agit-il toujours des mêmes bonus que la même équipe voulait faire interdire quelque temps auparavant? Et ce sont les mêmes stock-options et capitaux qui sont soumis à la spéculation des marchés, à la merci des fluctuations des humeurs hystériques, si ce n'est maniaco-dépressives, des places boursières? C'est curieux, car le projet avance quand même un chiffre : la taxation des valeurs spéculatives ( dont on ne sait même pas le prix de demain) va tout de même apporter tant de milliards d'ici 2025. Autre détail surprenant du projet: les 19 milliards cumulés en taxes diverses sur le capital se transforment en une phrase en 25 milliards, "compte tenu de la croissance". C'est de la même croissance qu'on parle, celle qui est en train de rouiller là, dans le coin? On voit pas très bien, mais je crois que c'est écrit "EN PANNE" dessus...

Mais malgré quelques détails techniques surprenants, le texte parvient tout de même à réussir un exercice de style difficile: transformer le diable en personne en une vache (à lait, sic) sacrée.

Du coté de l'équipe de droite, la difficulté n'est pas moindre. En y mettant les moyens l'équipe parvient tout à fait honorablement à couvrir le champs médiatique national avec le mot clé: "juste". Pour ce qui est de "faire payer les riches" c'est plus flou. Mais le flou artistique ici répond à un défi de taille: réussir à faire des appels de phares charmeurs en direction de la gauche, des syndicats et des populistes en tout genre, sans que le Capital ne se rende compte qu'il lui pousse du cerf sur la tête.

Dans les deux cas, nos deux équipes semblent décidées à prendre le taureau des retraites par les cornes. On attend avec impatience l'issue de cette corrida que l'on espère à la hauteur des défis.

Sinon, si dans les deux équipes il y a des volontés pour préparer un nouveau concours, on pourrait proposer un thème fort intéressant: la politique et les médias. Les mots imposés seront alors:

juste (ça c'est juste parce que c'est un mot tendance), impartial, non ingérence, humoriste, liberté de caricature, Radio France.

Ceux qui sont à court d'idées pourront s'inspirer des histoires vraies des uns et des autres.

mardi 15 juin 2010

Du temps de cerveau disponible



Il y a déjà quelques années une grande polémique a animé la société entière après la petite phrase lâchée par le PDG de TF1 Patrick Le Lay:

Mais dans une perspective 'business', soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit.
[…]
Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.

Mais cette petite idée n'a pas fait que crier de rage et d'indignation certains. D'autres oreilles, plus discrètes l'ont très bien entendue. Et là, EURÊKA! Si le vendeur de boisson en profite, de ce temps de cerveau, pourquoi pas le gouvernement!? Et c'est parti pour les campagnes d'annonces de gouvernement en tout genre.

Avec les fruits et légumes ça a bien marché! La grande distribution et l'industrie agro-alimentaire se sont engouffrés dans le boulevard, si généreusement offert!, en s'"engageant" à nous procurer la formule magique à petits prix. 5 fruits et légumes par jour à moins de 1 euro! A ce prix là même les nitrates, pesticides et autres saletés dont ils sont bourrés, ces fruits, sont bons pour la santé publique. Merci Patrick Le Lay!

Mais bon on ne va pas en rester là avec des messages de santé publique! On a une réforme des retraites à faire passer et ça risque d'être dur à avaler. Voici qu'arrivent à rescousse les professionnels de la pub, un peu désoeuvrés après la suppression de la pub à la télé publique. C'est surtout pour maintenir l'emploi dans le secteur publicitaire qu'on réalise à grands frais une nouvelle campagne de publicité pour la réforme de retraites 2010. On y voit défiler des images gentilles de gens simples et heureux, et une voix céleste nous parle avec pédagogie des engagements du gouvernement pour les retraites, en utilisant beaucoup la première personne en pluriel: "nous". Et chaque spot se termine par "Réussissons une réforme des retraites juste".

Quand vous vous serez réveillé vous aurez tout à fait l'impression d'avoir été assosié à un grand débat sur la question et vous aurez l'impression d'avoir réussi, ensemble avce les autres, une réforme juste.

Quand on cherche à ce que la réforme soit perçue comme absolument juste rien ne vaut quelques secondes de temps cerveau disponible!