mardi 23 août 2016

Cet article reprend volontairement le style de titre d'une série de reportages publiés cet été par Le Monde  sous la rubrique #CeuxQuiFont , car le projet ( pour ne pas dire le combat) de l'association Petites Mains Symphoniques que je connais très bien s'inscrit bien dans cet esprit.  Faire quelque chose, bouger, ne pas rester là à se lamenter sur son sort, ne pas lâcher prise, se bagarrer, s'entêter, se tromper, se casser la figure, recommencer, chercher les solutions, essayer, prendre de coups et se relever encore et encore pour avancer et faire avancer les autres. C'est dans le domaine de la culture, la musique et pour les enfants que  se battent Eric du Faÿ et son équipe de volontaires de l'association Petites mains Symphoniques contre les mêmes démons qui pourrissent notre société en crise:  l'immobilisme, l'indécision, l'ignorance, le conservatisme, l'indifférence.

Son projet est de réunir  des enfants de 6 à 17 ans, passionnés par la musique dans un grand orchestre pour leur offrir une pédagogie innovante et une formation exceptionnelle pendant deux ans. Leur apprendre à aller jusqu'au bout de leur passion, à réaliser le rêves les plus fous: jouer à l'Olympia de Paris, ou au Grand Rex à 10 ans, voyager pour partager leur musique et leur énergie partout en France, traverser les océans pour aller rencontrer des jeunes comme eux au Festival International d'Iguazu ,

inviter un orchestre brésilien et monter un concert ensemble en 7 jours, faire connaissance avec des jeunes musiciens prodiges chinois et jouer avec eux.


 Cet orchestre est l'occasion pour de nombreux enfants de faire des rencontres fabuleuses, de lier des amitiés solides qui les soutiendront peut être longtemps dans leurs vies futures, d'apprendre à travailler ensemble, à s'entraider, à donner le meilleur de soi pour le groupe. Il leur permet de valoriser leur percévérance, leur passion, leur travail. Quand on les voit réunis tous dans une grande salle de répétition, 200 enfants avec leurs instruments cela fait un joyeux bazar... jusqu'au moment où le chef lève sa baguette et que la magie s'opère... Cela fait déjà 5 ans que j'assiste à ces moments et à chaque fois c'est magique.

Cette magie n'existerait pas sans l'énergie colossale dépensée jour après jours par l'initiateur du projet et le chef d'orchestre, Eric du Faÿ, ni sans le soutien de plusieurs collaborateurs, souvent parents d'enfants de l'orchestre, tous bénévoles. Tous ces projets demandent aussi un très grand effort financier. Aujourd'hui, il est soutenu pratiquement exclusivement par les familles. Petites Mains Symphoniques est le seul orchestre de jeunes européen à être invité chaque année par le Ministère de la Culture Argentin au Festival d'Iguazu. Il est le seul orchestre à venir chaque année sans aucun soutien des pouvoirs publics de son pays. La tension montre entre les projets, invitations, sollicitations que reçoit l'orchestre de plus en plus chaque année et le fait que de plus en plus de familles renoncent à y participer, faute de moyens.

Aujourd'hui, les enfants de l'orchestre sont réunis pour une académie d'été à l'Ecole des Roches , en Normandie et pour une deuxième édition du Festival "Etoiles Symphoniques".


Malgré l'absence de soutiens financiers publics, mais loin de baisser les bras l'Association continue d'y croire et de compter sur l'aide de tous ceux qui ont été touchés par son action. Elle lance aujourd'hui un appel à contributions sur la plate forme de financementparticipatif Ulule pour l'aider à se renforcer et à financer les prochains gros projets pour les enfants: voyage et Chine et à Iguazu pour l'année 2017.


En attendant, les enfants continuent à partager leur passion à travers près de 40 concerts organisés en 15 jours seulement autour de Verneuil-sur-Avre. Si vous passez pas loin avant le 26 août, faites une pause pour les entendre jouer....

jeudi 25 octobre 2012

Humanité


 Mes dernières lectures me font reprendre mes notes ici, malgré la routine, le train train quotidien  qui ont tendance à étouffer  toute envie de partager ses idées et réflexions.

Mes dernières lectures  sont les 4 romans de Romain Gary (Emile Ajar), auteur que j'ai découvert cet été:

  1. Charge d'âme
  2. Les cerfs volants
  3. Chien blanc
  4. Gros câlin
Celui qui m'a le plus marquée est probablement "Chien blanc", écrit avec un style très personnel, très cru, comme un journal intime de quelqu'un qui regarde l'Histoire passer devant lui, avec beaucoup de lucidité. Chien Blanc sonne encore dans ma tête comme un lointain écho à "Coeur de chien"  de Boulgakov. Un écho provenant d'un monde ou les rôles sont inversés entre chiens  et "humains de société". Un écho sans concession pour la société "moderne":
"C'est assez terrible, d'aimer les bêtes. Lorsque vous voyez  dans un chien un être humain, vous ne pouvez pas vous empêcher de voir un chien dans l'homme et de l'aimer". 
L'histoire de Chien Blanc   est celle d'un berger allemand que l'auteur trouve un soir devant sa porte et accueille chez lui, à Los Angeles. Un chien intelligent, charmant, amical... sauf en présence de Noirs. L'auteur découvre par hasard qu'il a recueilli  un "Chien Blanc", un de ces chiens spécialement sélectionnés et dressés pour attaquer les Noirs. Il confie la bête un chenil, en refusant de le faire piquer. Un dresseur accepte alors de le rééduquer, même si cela semble impossible.
En attendant, l'Amérique s'enflamme suite à l'assassinat de Martin Luther King. A Paris, la jeunesse monte sur barricades. Le récit que  Romain Gary livre dans ce romain sur la question raciale aux Etats Unis n'a malheureusement pas perdu d'actualité. A certains moments, on peut penser qu'il frôle le cynisme, mais la franchise, sans parti pris, fait beaucoup de bien et pousse à réfléchir plus posément sur ce qui se passe ici, maintenant, autour de nous.
La fin de l'histoire du chien n'est pas optimiste: le dresseur réussit à rééduquer le chien: il ne se jette plus  sur les Noirs. Le dresseur fait plus: il transforme le Chien Blanc en Chien Noir....

Un petit extrait qui fait réfléchir. Après l'assassinat de Martin Luther King les quartiers populaires Noires s'embrasent partout:
" Cette ruée au pillage est une réponse naturelle d'innombrables consommateurs que la société de provocation incite de toutes les manières à acheter sans leur en donner les moyens. J'appelle "société de provocation" toute société d'abondance et en expansion économique qui se livre à l'exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation et à la possession par la publicité, les vitrines de luxe, les étalages alléchants, tout en lassant en marge une fraction importante de la population qu'elle provoque à l'assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu'elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit. [...] Ces gens-là ne pillent pas: ils obéissent. Ils réagissent au diktat du déferlement publicitaire, de la sommation à acquérir et à consommer, à ce conditionnement incessant auquel ils sont soumis dix-huit heures sur vingt-quatre. "



samedi 24 décembre 2011

Moyennes



Je travaille à 350km de chez moi. Le matin, je prends le TGV pour arriver en plein coeur de Paris et puis, après 15 min de métro, j'arrive au bureau. Le soir, je refais le même chemin en sens inverse. Si on compte les distances absolues parcourues par jour, j'en fait 700 km en moyenne par jour de travail.

Mais si on tient compte du sens des déplacements, avec l'origine d'un axe imaginaire "dodo-boulot" placée dans ma maison, en moyenne, je ne bouge pas de chez moi.

Si l'exposition "Des jouets et des hommes" au Grand Palais était visitée exclusivement par des enfants accompagnés de leurs grands parents, la moyenne d'âge des visiteurs serait entre 30 et 35 ans.

Si vous jouez au loto ou dans un casino, vous savez que la moyenne des gains (les pertes comptées comme des gains négatifs) est nulles ou très très légèrement négative, juste de quoi mettre du beurre dans les épinards des propriétaires des casinos. Mais vous jouez quand même...

Alors quand le ministre de l'éducation Nationale, Luc Chatel, nous a expliqué sur France Inter qu'
"il y avait plus de professeurs et moins d'élèves qu'en 1990"
et
que donc :
"il y a moins d'élèves par classe, en maternelle, en primaire, en collège, et au lycée, contrairement aux caricatures que l'on entend ici ou là"
on ne voit vraiment pas de quoi se faire des noeuds au cerveau à cause des suppressions des postes d'enseignants. Et puis qu'est ce qu'on a du temps à perdre à débattre pour savoir s'il dit vrai ou faux. Ce n'est pas lui qui le dit, ce sont les chiffres: l'INSEE est là pour confirmer.

En théorie des probabilités on a un autre terme pour désigner la moyenne : " l'espérance mathématique". J'aime bien ce mot, l'espérance. C'est comme quelque chose qu'on espère: espérance de vie, espérance de gains, espérance de nombre d'élèves par classe.

On devrait rebaptiser l'INSEE en "Institut de l'Espérance Nationale" et le ministre de l'EN en "Ministre des chiffres qui parlent".


jeudi 22 décembre 2011

Titanic


Le Titanic a été mis à l'eau avec un nombre de canots de sauvetage insuffisant. Dans sa conception, on n'en a pas prévu assez et tout le monde le savait. Mais il était impensable qu'un tel bateau coule. Il était conçu pour être sans faille. Seulement, il a coulé...

L'économie occidentale d'après-guerre, et en particulier la française, est comme un Titanic, bâtie dans l'idée qu'elle serait insubmersible. Et voilà: à peine quelques glaçons apparus en vue et c'est la zizanie dans les cabines du haut commandement. Qui aurait pu prévoir que l'hiver viendrait et qu'il ferait froid?

Leçon "Titanic" numéro 1 : surtout ne pas affoler le public. "Mesdames et Messieurs, nous allons devoir nous serrer légèrement la ceinture et faire une petite cure d'amaigrissement (c'est bon pour votre santé!) car les passages entre les icebergs s'avèrent plus étroits que prévu!".

Et pendant ce temps, leçon "Titanic" numéro deux: on profite de l'effet annonce pour jeter du leste sous prétexte de mesures de restrictions budgétaires, acceptées par l'opinion. Quels genres de mesures? On coupe, par exemple, les financements aux organismes para-médicaux spécialisés dans l'accueil d'enfants atteints de maladies rares. Autrement dit, on jette en douce pardessus bord ceux qui ne savent pas nager.

Il se trouve que le fils aîné de nos amis, Alex, est atteint du syndrome d'Angelman. Il a été jusqu'à il y a peu suivi à l'EMP de Levallois-Perret (92) par une assistante d'éducation spécialisée. Un documentaire lui a été consacré par France 5 en 2010, quand tout allait bien... Les financements de l'organisme dont dépend le centre ont été réduits de façon drastique: il n'y a plus de budget pour Alex. Ses parents n'ont d'autres recours qu'à appeler aux dons pour récolter les fonds nécessaires au maintien de l'emploi de l'assistante.

Comment ça se fait que l'Etat donne de l'argent aux banques privées qui ont fait des erreurs qu'elles ne veulent pas assumer et en même temps il n'y a pas de fonds pour aider ceux qui sont dans le besoin sans erreur de personne?

vendredi 25 novembre 2011

Rencontre du troisième type


A en croire la presse, ils sont là, parmi nous. Les extraterrestres. Et ils ne sont pas du tout verts et gluants comme on pourrait le croire. Ils nous ressemblent même un peu. Ils ont l'air de jeunes humains tout à fait ordinaires. On les appelle d'ailleurs comme ça : "les jeunes".

Mais les français, visiblement ne sont pas vraiment convaincus par ces apparences. D'après un récent sondage ils ont une impression plutôt mitigée de ces étrangers qui nous tombent du ciel. Les français leur trouvent plein de vilains défauts: ils sont égoïstes, paresseux, intolérants... bref, pas du tout comme nous , en fait. Bien sûr, on reconnaît que ces "jeunes" n'ont pas choisi la meilleure période pour débarquer en France. On a la crise ici et l'accueil n'est peut être pas forcément bienveillant pour ces populations en quête de place parmi nous.

Et puis, on apprend aussi, qu'ils sont porteurs de maladies bizarres : la textonite aiguë, par exemple. Dans leur monde, ils ont d'étranges habitudes: ils n'arrêtent pas de jouer avec un tas de gadgets technologiques. Ils s'envoient des centaines de messages par jour, ils s'amusent avec des jeux électroniques bizarres. Et comme ici, sur Terre, ils sont obligés de le faire en cachette, pour avoir des attitudes d'humains normaux, cela leur cause des problèmes de dos et autres. C'est terrible!

Mais, cette rencontre des français avec "les jeunes" et le fait qu'ils ressemblent tellement à des jeunes terriens, devrait peut être devenir une occasion pour porter aussi un regard critique sur notre propre façon d'éduquer nos enfants. Il serait peut être temps d'analyser non seulement leurs défauts et faiblesses mais aussi les causes. Et de chercher ces causes dans le rapport que les adultes ont avec leurs enfants. Sommes nous vraiment capables de leur enseigner autre chose que notre propre égoïsme, notre intolérance, notre haine des autres?


samedi 15 octobre 2011

Jalousie


Une réaction tardive mais qui ne me laisse pas tranquille à une enterview publiée par Le Monde en septembre avec Bruno Sire, président de l'université Toulouse 1 Capitole. Voici que survient la fameuse question sur la sélection et voici la réponse:

"Que reprochez-vous à la sélection telle qu'elle est pratiquée en France, et notamment en classes préparatoires ?

Les prépas sont un scandale. Toute une vie se joue dès les premiers trimestres de première, voire un peu en terminale, à l'issue desquels on est ou pas accepté en prépa. Comment peut-on jouer sa vie à 16 ou 17 ans ? Comment tout peut-il sedécider à un âge aussi difficile ? Ceux qui auraient bénéficié d'une stabilité familiale auraient tous les postes et pas les autres ?

Et ensuite, il faudrait travailler pendant 2 ans sur un principe d'humiliation. S'entendre dire "tu es nul, tu mérites 2/20" alors qu'on avait 18/20 en terminale ? On connaît trop d'élèves soufrant de troubles psychologiques en prépas. Sanscompter la frustration que tous vivent finalement à l'exception de ceux qui sortent dans les meilleurs de Polytechnique ou de l'ENA."

C'est à croire que les prépas sont une sorte Club Med pour les gosses de riches où on offre des postes à vie en guise de cadeaux de bienvenue avec des crayons de couleurs et des coloriages pour passer le temps. On y travaille quand même, en prépas, et beaucoup. Ces propos sont une insulte à tous ceux qui n'ont pas eu la chance de bénéficier dans leur vie de cette foutue "stabilité familiale" et qui ont choisi de devenir ingénieur, qui ont été acceptés en prépas, puis en école d'ingénieur, qui y ont travaillé dur pour réussir leurs études et apprendre un métier. Leurs postes, ils les ont parce qu'il les méritent et il n'y a aucun mal à cela.

Et quand la fac pratique la sélection, en médecine, par exemple, ce n'est pas un scandale? "L'université doit donner sa chance à tout le monde.". Bien sûr, et surtout à toutes les prépas de médecine qui fleurissent autour du fameux concours. Et les derniers échos des suicides dans la fac de médecine à Poitiers ne poussent pas à croire que l'ambiance est à la fête à l'Université. Dire qu'il n'y a pas de sélection à la fac est faux et hypocrite. Bien sûr que les facs font le tri, toutes disciplines confondues. Des accords, conventions, montages plus ou moins compliqués et obscurs sont de plus en plus nombreux pour créer des filières d'excellence, souvent en double diplôme avec des écoles d'ingénieur ou de commerce. Seuls les meilleurs étudiants y accèdent.

Et enfin, pourquoi vouloir à tout prix faire croire aux jeunes générations que tout se joue à 16-17 ans. Ce n'est pas vrai: on peut changer de filière, d'orientation, on a le choix. On peut faire une licence en Université et entrer dans une école d'ingénieur après, on peut faire une prépa et choisir de finir sa formation à la fac. Mais non, au lieu d'informer correctement sur toutes les possibilités, la communication ambiante fait tout pour plomber les ailes à ceux qui ont tout juste l'age de s'envoler avec la peur de l'échec. On ne vole pas librement si on est persuadé qu'en cas de chute on ne peut plus se relever. Pourquoi alors cette campagne de pub de l'Etudiant dans le métro parisien à la rentrée : «Êtes-vous vraiment fait pour le métier que vous risquez de choisir ?" . Dans notre société qui a pour idéal "le risque zéro", le choix des mots d'un tel slogan a un poids énorme.

Pour en revenir aux paroles du Président de l'Université de Toulouse, je trouve que le scandale n'est pas dans le fait qu'il y ait en France différents systèmes d'enseignement supérieur, que les uns pratiquent la sélection ouvertement et les autres non. Ce qui est scandaleux à mes yeux c'est de voir les responsables de l'enseignement supérieur se livrer dans les médias aux querelles de clochers stériles au lieu de mener un débat de fond. Les problèmes ne manquent pas, quel que soit le parcours (école d'ingénieur, de commerce ou université). On s'attend de la part des intellectuels qui dirigent les établissements une réflexion impartiale et dans l'intérêt de tous les étudiants sur les moyens d'améliorer la situation.





Sans voix



Je suis restée sans voix, en entendant ce matin la "pub" que la SNCF fait à la radio pour le prochain changement d'horaires, en décembre. "Attention! ", dit la gentille voix de la SNCF à une jeune fille qui veut prendre son train de 17h41, "A partir du 11 décembre la SNCF change ses horaires! Ton train de 17h41 partira à 17h36".

Oh, que c'est mignon! J'en avais presque envie de pleurer! Pleurer parce que la réalité de ce changement est tout autre! De nombreux trains ou des arrêts sont purement et simplement supprimés, et ceux qui restent ont des horaires complètement décalés du rythme actuel. Dans ma ville, sur la ligne Paris-Bordeaux, tous ceux qui dépendent des TGV pour leur travail sont scandalisés. Par exemple, au lieu de trois trains pour Paris le matin, répartis entre 7h et 10H , il n'en reste que 2: à 6h30 et à 7h10.

Et un changement aussi important d'horaires, qui concerne toutes les régions, est annoncé au grand public en octobre, quand la rentrée est faite, quand tous ceux qui dépendent des trains ont organisé leurs journées, leurs activités en fonction.

Il y a certainement des raisons très importantes à ce changement, je veux bien. Mais au moins, la SNCF aurait pu épargner à ses usagers l'hypocrisie de sa "communication", ce serait vraiment sympa.



mardi 6 septembre 2011

Maman, on fait une partie d'échecs?



Depuis cet été, je suis de corvée "échecs" presque tous les soirs: mon fils s'est découvert une passion pour ce jeu. C'est avec un petit pincement au coeur ( et un grand plaisir!) que j'ai dû ressortir des coins un peu poussiéreux de ma mémoire les souvenirs de ma jeunesse, où je jouais dans un club à un bon niveau. L'idée me vient alors de trouver peut être un bouquin d'initiation à offrir à mon fils pour l'aider à structurer un peu son apprentissage. Et voilà que je tombe sur ce titre: "Comment battre Papa aux échecs".

Même s'il me fait tiquer je regarde quand même de plus près, histoire de voir comment un tel livre est présenté:
La meilleure façon de gagner aux échecs, c'est encore de faire mat ! On peut très bien y arriver même contre un adversaire difficile, que ce soit Papa ou un copain qui joue depuis longtemps. [...] On trouve même des conseils pour progresser encore... et quelques idées au cas où Papa serait le meilleur joueur du monde ! Le seul prérequis est de connaître les règles du jeu, mais même des joueurs expérimentés auront plaisir à retrouver la fascination du mat dans une présentation claire et agréable. Un livre que Papa empruntera !
Et si la petite soeur a aussi envie de jouer? Elle n'a qu'à aller battre maman au rangement de la dînette?



vendredi 26 août 2011

Bienvenue dans l'avenir



Vous connaissez certainement cet objet, tout à fait commun, fait de carton et de papier, que l'on met sur des étagères pour les décorer?

J'ai reçu d'une collègue cette intéressante information. Il s'agit d'une idée tout à fait audacieuse, insolite et très prometteuse qui fera certainement de cet objet le bijou technologique de demain







Je me réjouie déjà à l'idée de voir cette invention merveilleuse envahir nos maisons!



jeudi 25 août 2011

Vérité

Une citation entendue ce soir sur France Inter dans une émission consacrée à Romain Gary:

Je vomis toutes les vérités absolues et leurs applications totales. Prenez une vérité, levez-la prudemment à la hauteur d'homme, voyez qui elle frappe, qui elle tue, qui elle épargne, qu'est-ce qu'elle rejette, sentez-la longuement, voyez si ça ne sent pas le cadavre, goûtez en gardant un bon moment sur la langue - mais soyez toujours prêt à rechracher immédiatement. La démocratie, c'est le droit de recracher...
de Romain Gary,
dans "La marge humaine",
entretien avec Jean Daniel, 1957
Fascinant...



samedi 13 août 2011

Pourquoi?


J'ai fait une observation intéressante cet été, en faisant quelques exercices amusants de maths avec mon fils.

Il entre au collège dans quelques semaines. Son parcours à l'école a été sans obstacles et en maths il a toujours très bien réussi. Aux évaluations nationales en CM2 il a obtenu un des meilleurs scores de son école: au delà des 80 points sur 100. Tout cela pour dire que je peux considérer que ses connaissances, en mathématiques en particulier, sont tout à fait conformes aux exigences des programmes. Ce n'est pas un élève faible, c'est un élève "normal".

Et voilà qu'à plusieurs reprises en lisant l'énoncé d'un problème il se met aussitôt à poser et effectuer des opérations pour m'annoncer un résultat et que une question simple de ma part "Pourquoi?" provoque la panique. Son reflex face à cette question est de donner aussitôt une autre réponse ou reprendre ses opérations. La question qui me parait fondamentale en maths "pourquoi?" est perçue comme "ton résultat est faux", d'où la panique. Si je précise la question: "ton résultat est correct mais pourquoi?". La réponse est "Parce qu'il faut ajouter, puis diviser puis...".

Cinq ans d'école élémentaire pour en arriver là en maths me semble un bon gâchis. Pourquoi?

Statistiques pour "blondes"?


Voici une petite information "utile" que j'ai vu par hasard sur une bouteille de Contrex sous le titre "Saviez vous?".

Les petites étoiles renvoient plus bas sur une petite explication:


**Aide à l'élimination des déchets et des toxines.
***Source : Etude TNS Sofres de Juillet 08 sur
100 consommatrices régulières de CONTREX.

Très mignon et très pédagogique.

J'aimerais tout de même savoir comment, en pratique, les "consommatrices" s'y prennent pour constater et mesurer par elles mêmes l'effet de cette eau magique sur l'élimination des "déchets et toxines" par leur organisme (rendu si gracieux grâce à Contrex, évidemment).

Sinon, j'aurais tendance à croire que Contrex prend ses "consommatrices régulières" pour des êtres naturellement dépourvues de cervelle et donc représentant un public idéal pour gober ce genre de ....beeeeep... pub?



Innumérisme: théorème d'existence



Le grand plan pour l’enseignement scientifique et technologique lancé par le ministre de l’EN fin janvier 2011 met en avant la lutte contre l’innumérisme. Sur le site du ministère, une longue page est dédiée à ce projet. Voici comment on y définit l’innumérisme :

«L’innumérisme, qui est à la maîtrise des nombres, du raisonnement et du calcul ce qu’est l’illettrisme à la maîtrise de la langue, est aujourd’hui de mieux en mieux caractérisé. Ce concept a été notamment explicité par le mathématicien québécois Normand Baillargeon.

Les élèves ou les adultes qui sont en situation d’innumérisme ne sont pas en capacité de mobiliser les notions élémentaires de mathématiques, du calcul et des modes de raisonnement qui leur sont ou leur ont été enseignés. ».

En somme, rien de nouveau, une nouvelle façon politiquement correcte pour dire « nul en maths ». Mais voilà qu’un peu plus loin le site de l’EN nous donne une jolie preuve de la réalité du phénomène en expliquant :

«

la question devient civique : l’usage et la compréhension des grands nombres ou de nombres extrêmement précis, l’appréhension des ordres de grandeur, des statistiques, des opérations élémentaires, sont fortement perturbés et ne permettent plus de mettre en oeuvre l’esprit critique nécessaire à l’exercice des responsabilités d’un citoyen dans une démocratie.

».

La personne qui a écrit « les nombres extrêmement précis » n’a pas compris grand-chose aux nombres, car cette expression n’a pas de sens. Les nombres ne sont pas précis ou imprécis. On peut exprimer des grandeurs réelles (longueurs, aires, durées etc.) avec plus ou moins de précision en utilisant des nombres différents, on peut remplacer un nombre que l'on ne peut pas exprimer par écrit de façon exacte par un autre nombre qui lui est proche. Mais un nombre reste un nombre tout court.


Le pays de la diversité


Ca commence à me chauffer les oreilles, à force d'entendre parler de "la diversité". Un groupe d’élus locaux a récemment fait parler de lui en relançant la polémique sur les statistiques ethniques. Le groupe s’appelle ANELD «Association Nationale des Elus Locaux de la Diversité». Je les ai entendus sur France Culture présenter leur action.

Mais j’ai quand même du mal à comprendre ce que cela veut dire « issus de la diversité ». C’est où, la diversité ?

Je me suis dit : ça doit être ce grand pays mystérieux et mal connu qui s’étend à partir des frontières de la France jusqu’au… bout du monde ? Je crois qu’on appelle ses habitants « des étrangers ». Mais non, ça ne peut pas être ça, puisque que nos élus ne sont pas des étrangers, eux. C’est sûr ! Ils le disent eux-mêmes : ils ont grandi en France, ils sont français. Mais c’est alors en France, la diversité ?

Mais où, en France ? C’est une ville, une région ? Ils disent, qu’ils ont tous grandi dans « des quartiers ». Ah !? Moi aussi, j’habite un quartier, à Chatellerault, et j’ai des amis qui habitent dans d’autres quartiers. Tous le monde, dans des villes, habite un quartier. Mais, il y a des quartiers et des quartiers. Enfin, ils viennent des quartiers, quoi !

Pas très clair, tout ça ! Je ne vois toujours pas ce que c’est, cette diversité. Les élus de ANELD disent qu’ils représentent « les minorités visibles ». Oh, là ! Cela devient carrément ésotérique. Il y a des gens qui pensent que notre monde est habité par un tas de créatures invisibles, bien plus nombreuses que nous, les humains. Nous serions alors tous, cette minorité visible. Eux, ils seraient alors nos représentants auprès de ces êtres ? N’importe quoi ! Ou alors "issus de la diversité" veut dire qu'ils sont des enfants des parents diversés ? C’est vrai que c’est un gros problème pour les enfants, quand les parents diversent. Il faut faire quelque chose ! Mais pourquoi alors ils disent qu’ils militent pour que la diversité se développe et progresse ? C’est à n’y rien comprendre !

A moins que… « issus de la diversité » signifie « les enfants d’immigrés » ? Tout ça pour ça ? Toute cette langue de bois pour dire qu’ils ont grandi dans des familles d’immigrés. Ils connaissent bien les difficultés de ces populations qui se retrouvent en bas de l’échelle sociale et ils souhaitent réunir leurs forces pour aider à améliorer les choses.

Faut-il que, pour se faire entendre, ils soient obligés d’accepter cette étiquette que le monde politique veut absolument leur coller ? Juste ce qu’il faut de politiquement correcte pour bien marquer qu’ils ne sont pas des français comme les autres, tout en effaçant toute trace éventuelle de leurs origines.

C’est ça, « la diversité » ?


jeudi 21 juillet 2011

De la langue de bois "scientifiquement correcte"?



En prenant mon café hier à l'ENSTA où je travaille en ce moment, j'ai feuilleté la brochure intitulée "2010, une année avec le CNRS. Rapport scientifique". A la page 4 je parcours l'entretien avec J. Bertrand, directeur général délégué à la science. La première question posée par le journaliste est "Quels sont les faits scientifiques marquants que l'on peut retenir en 2010? ". La réponse qui s'étale sur un gros paragraphe, m'a sidérée! Ce directeur général délégué à la science nous parle du nouveau contrat d'objectifs signé avec l'état, des "actions structurantes", des "financements des projets exploratoires", de création de groupements" etc. Et juste tout à la fin il tient à remercier les équipes de scientifiques qui ont obtenu des résultats remarquables et, tout particulièrement, les mathématiciens C. Villani et N. B. Châu qui ont obtenu la médaille Fields.

Pas un mot, au fait, sur les faits scientifiques marquants de l'année. Il n'a même pas précisé pour quels travaux les deux mathématiciens ont obtenu leurs médailles. Cela ne semble pas avoir une importance pour la direction de la recherche nationale?


mercredi 13 juillet 2011

Je ne crois pas au réchauffement climatique



On peut entendre ou lire, ça et là, des phrases comme « … ces climato-sceptiques qui ne croient pas au réchauffement climatique… ». Eh bien, je n’y crois pas, moi.

Parce que je n’ai pas à y croire. La climatologie n’est pas une religion, c’est une science. Et la question n’est pas de croire ou ne pas croire. La question est de savoir ou ne pas savoir. La climatologie n’est pas non plus une démocratie où on se met d'accord pour décider ce qui sera la vérité. Le terme « consensus scientifique sur le climat » n’a à mes yeux aucun sens. Le mot « consensus » désigne une décision ou un accord général, sur une décision admise par une large majorité. C’est un terme du monde politique. En science, même si un grand nombre de scientifiques pensent qu'une thèse donnée est très probablement vraie, elle restera avec un statut de conjecture tant qu'elle n'est pas prouvée de manière irréfutable. Il l'histoire de la science en connaît plein, des conjectures qui ont duré des siècles.

Si consensus sur le climat il y a, il est surtout politique, pas scientifique. Et c’est normal. A l’état des connaissances scientifiques actuelles sur l’évolution du climat il est normal que les pays débattent et prennent des décisions communes. Ces décisions sont le fruit de longues négociations qui sont loin de prendre en compte seulement les arguments purement scientifiques. Mais pourquoi alors il faut absolument qu’on nous présente ces décisions comme un « consensus scientifique » ? Parce que ça donne à la chose un semblant de caractère objectif : « puisque les scientifiques l’ont dit !.. » et masque les habituels calculs d’épicier et les rapports de force entre les lobbyings pro-ceci ou anti-cela.

Le danger d’une telle « étiquette scientifique » est qu’elle fausse totalement la perception du problème par l’opinion publique, tue le débat démocratique et nuit gravement au développement scientifique.

A partir du moment qu’on a déclaré haut et fort qu’il y a « consensus scientifique » sur les causes du réchauffement climatique et sur les mesures à prendre, toute recherche scientifique qui pose le problème autrement, qui cherche d’autres explications possibles, qui explore d’autres aspects du phénomène, est regardée d’un mauvais œil, avec méfiance et considérée comme inutile puisqu’on sait déjà tout : la cause du réchauffement est le CO2. Et il va y avoir des journalistes et profs de philo pour vous expliquer que

«

Non, les climato-sceptiques n’ont pas un « rôle important à jouer dans le débat », car il n’y a plus de débat dans la communauté scientifique sur la question du réchauffement climatique.
. »

et traiter tous ceux qui osent douter de la thèse officielle de « négationnistes ». Or, ce n’est pas la certitude qui fait progresser la connaissance mais le doute, justement. Chasser ceux qui doutent c’est tuer la jeune science climatologique dans son berceau.

L’opinion publique occidentale, dressée à faire confiance à la science qu’elle ne comprend pas, accueille le discours avec bienveillance. Ca n’a pas l’air sorcier, tout le monde peut comprendre : la planète se réchauffe, c’est un peu (beaucoup) notre faute, mais on peut encore réparer : il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et c’est justement là qu’intervient la petite phrase magique qui endort votre propre esprit critique et fait de vous un parfait volontaire obéissant : « puisque les scientifiques l’ont dit ». Le phénomène n’est pas nouveau, on connaît l’effet de l’autorité de la science depuis les expériences de Milgram.

Imaginez que vous êtes face à un tsunami qui vous fonce dessus. Vous le percevez au loin, à l’horizon. Vos dirigeants de tout bord et surtout les gentils écologistes, vous disent : « Surtout ne bougez pas ! ». Parce que les scientifiques pensent que le tsunami a été provoqué par les vibrations des pas de tous les humains de la planète. On est trop nombreux et on marche trop ! Alors tout ce qu’il y a à faire c’est de ne pas marcher ou le faire le moins possible. Tous ensemble, pour sauver la planète, ne bougeons pas ! Vous faites quoi ?

dimanche 15 mai 2011

Terra! Terra!



Notre petit monde politique a connu la semaine passée un moment historique, comparable à celui que le monde entier a vécu il y a plus de 500 ans, quand Christophe Colomb a posé son pied sur San Salvador.
C'est à Laurent Wauquiez que revient l'immense honneur de cette découverte prometteuse. C'est lui, tel un Christophe Colomb de la modernité politique de l'UMP, qui s'est lancé, avec courage et obstination, à la recherche de ce monde merveilleux dont on entend des récits légendaires. Ce monde lointain où les simples mortels sont tenus à la botte par une idéologie sans compromis, pendant que les quelques chanceux qui ont un copain dans le gouvernement jouent au monopoly grandeur nature, développant un buisness agressif et sans pitié pour la concurrence. Oh, depuis longtemps on connaissait en Occident politique la route vers ce pays d'Asie, la route qui passe par la Gauche. Mais c'est une route périlleuse, qui passe par des révolutions, expropriations, guillotines, Goulags et autres dictatures sanguinaires. On y risque sa tête, même en faisant semblant d'être du bon coté. Et puis, le plus souvent on s'y perd, on ne sait plus où est le bon coté, et on n'a aucune garantie de récupérer le pouvoir à la fin.

Voilà pourquoi il fallait absolument trouver une autre route, par la Droite! Seulement qui pouvait prévoir qu'en fonçant, machines toutes, vers la Droite , notre aventurier allait tomber sur un monde politique inconnu (ou plutôt oublié de tous), celui de l'URSS. La première idée qu'il a rencontré sur son chemin appartient à ce monde: travaux d'intérêt général pour tous ceux que l'état, dans son infinie bonté, sauve d'une mort certaine, en leur attribuant quelques kopek de RSA.

Certes, notre vaillant navigateur des mers idéologiques n'a pas atteint la Chine. Mais il a trouvé quelque chose de mieux. il se trouve devant un puits inépuisable de bonnes idées! Il suffit juste de continuer, toujours plus loin, pour découvrir le véritable continent! Ceux qui, comme moi, ont connu ce monde perdu à son apogée, savent qu'il regorge d'exemples formidables! Pourquoi s'arrêter aux RMIstes et autres bénéficiaires de RSA? Prenez l'école par exemple. Ce n'est pas un cadeau que l'Etat fait à ces fainéants de gosses? En URSS l'école aussi état gratuite et obligatoire pour tous. Et tout le monde était de corvée de travaux de champs, à partir de 10 ans, un mois par an, en été. Une sorte de colonie de vacances obligatoire où la journée commençait par rassemblement général, levée du drapeau, suivait une matinée dans les champs à biner les concombres, et les après-midi on pouvait jouer. En automne on ne peut pas trop envoyer les gosses faire les récoltes, ils ont classe. Pas grave, il a des étudiants! Ils sont aussi des assistés: les facs gratuites c'est de l'assistanat! Pour les étudiants, pas besoin de faire semblant que c'est une colonie de loisirs, on les loge comme on peut et on les fait bosser du matin au soir. Et les fonctionnaires? Là aussi une bande de fainéants payés par l'état à vie à ne rien faire! Aux champs! Et il en a encore des tonnes des idées comme ça!

Eh oui! On vient de découvrir enfin que la planète des politiques est ronde, aussi ronde que notre bonne vielle Terre! A aller toujours plus loin vers la droite, on retombe sur le bon vieux continent communiste! Sans doute, on en reparlera encore, des nombreux rebondissements que cette découverte va nous apporter! A suivre...




mardi 8 mars 2011

De la pédagogie comptable ou de la comptabilité pédagogique?


Quel gâchis d'aller interroger un expert des sciences de l'éducation pour entendre un discours d'un fonctionnaire du Ministère de l'éducation chargé de comptabilité. Avec en prime des raccourcis de raisonnement primaires de la langue de bois en vigueur dans le discours pseudo-politique du moment. Désolant! C'est bien le mot qui m'est venu à l'esprit à la lecture de l'entretien publié dans Libération du lundi dernier avec Denis Meuret. Il y défend la suppression des redoublements à l'école. Ma critique ici ne porte pas sur le fait d'être pour ou contre mais sur la façon d'argumenter que j'estime indigne d'un spécialiste en pédagogie et sur une question aussi difficile et complexe que le redoublement.

La discussion commence par le rappel d'une initiative récente de l'inspecteur académique du Calvados. Ce dernier a introduit un système de bonus/malus sous forme d'heures de cours en pénalisant les collèges qui font beaucoup redoubler et en récompensant ceux qui réduisent leurs taux de redoublement. Dans l'entretien Denis Meuret défend cette initiative en expliquant que cela fait économiser beaucoup de sous au Ministère.

Pour répondre à la question sur les inconvénients des redoublements Denis Meuret commence par insister sur le fait qu'ils font aggraver des choses. Pour appuyer son affirmation il cite (sans précision ni chiffres) des études menées sur des élèves de CP. Il nous explique que les élèves ayant redoubler leur CP ont à la fin du CE1 les mêmes performances scolaires que leurs petits camarades n'ayant pas redoublé. En quoi alors les choses sont aggravées? Là, il y a un gros raccourci: on part d'un cas de gestion des redoublements au collège et on argumente avec une étude dans une classe de CP! Et cela ne colle pas sur les deux plans:


Un autre argument vient des fameuses comparaisons internationales. Denis Meuret nous dit: " Comme l'a montré la chercheuse Nathalie Mons, les systèmes éducatifs où l'on redouble le moins sont ceux qui ont les meilleurs résultats dans les études PISA de l'OCDE. " Heureusement que les statistiques PISA sont là! Elles permettent de démontrer tout et son contraire! Cela ne signifie pas qu'ils sont bons PARCE QUE l'on y redouble peu. Peut être qu'on y redouble peu parce qu'ils sont bons, non?

Le dernier argument à deux sous est celui des salaires! Si on redouble, on commence à travailler un an plus tard et donc on perd un an de salaire! Et que dire alors de ceux qui font des études supérieures après le bac? Ils perdent 5 ans de salaire, certains s'endettent même pour payer les études et pour gagner parfois moins qu'un bac+2! Ca va pas la tête?

La cerise sur ce gâteau, déjà bien garni de contre-vérités, est la réaction aux questions du journaliste au sujet de méthodes alternatives de traitement de l'échec scolaire, et en particulier du soutien. J'insiste ici, ce qui suit est une citation:

"On connaît en effet des manières de traiter l'échec scolaire plus efficaces que le redoublement ou les classes pour "élèves en difficulté". Le soutien en fait partie, mais aussi les politiques qui incitent les écoles et les profs à se focaliser sur les plus faibles. C'est ce que font les États-Unis afin d'élever le niveau des élèves les plus défavorisés, les Noirs, les Hispaniques etc. Pour la première fois, dans des lycées américains on a même ouvert des programmes de soutien à la lecture".

La solution qui en ressort est simple: elle consiste tout simplement à fermer les yeux sur les élèves en difficulté, à les faire passer à travers le système scolaire en saupoudrant de cours de soutien et en forçant les profs à se débrouiller avec des gamins faibles au dépend de ceux qui pourraient progresser. Je n'ai pas assez de mots pour dire à quel point ce raisonnement est hypocrite, de mauvaise foi! Voici juste quelques arguments qui me viennent à l'esprit :

  1. La première chose à faire serait à admettre enfin qu'une grande partie des échecs scolaires sont fabriqués par le système scolaire lui même; fermer les yeux la dessus est malhonnête, cela revient à rejeter à la poubelle sociale des ratages produits par les dysfonctionnements de l'école, en disant : c'est de leur faute!
  2. Pour laisser passer les élèves en grande difficulté, on baissera forcément les exigences et le niveau. Encore un peu plus! On ne pourra pas faire autrement, l'égalité des chances (sur papier!) oblige!
  3. En obligeant un prof à se focaliser sur les plus faibles dans une classe de 30-35 on pousse, sans le dire, les autres à recourir aux cours particuliers, si les familles ont de l'argent, ou on les enferme dans l'ennui le plus profond en attendant que la classe puisse enfin passer au thème suivant;
  4. Sous prétexte d'économies dans l'éducation nationale on préfère faire sortir du système des jeunes gens qui savent même pas lire correctement. On fabrique ainsi des chaumeurs potentiels qui coûteront à l'état bien plus cher qu'une année de CP. Mais, évidemment, le RMI ce n'est pas le même ministère, ni le même budget!
Pour ceux qui sont intéressés par de vrais arguments, je conseille plutôt de lire l'avis du Privilégié ou de June Prune ou encore plusieurs autres qui ont répondu à la chaîne lancée par le Privilégié.

Précisions


On entend beaucoup parler ces jours-ci du grand débat à venir à l'UMP sur la place de l'Islam en France. Il y a quelque chose qui n'est pas net dans cette histoire. En fait, il serait bien, avant le débat, qu'ils précisent un peu le sujet. De quel islam exactement veulent ils débattre?
  • de celui fantasmé par les occidentaux, qu'ils soient islamo-phobes ou islamo-philes?
  • ou de celui vécu par de simples croyants musulmans qui y trouvent un réconfort moral et spirituel dont ils ressentent le besoin dans leurs vies?
  • ou peut être de celui utilisé pour le conditionnement psychologique des combattants dans les groupes terroristes?
  • ou de l'islam obscurentiste utilisé par certains dirigeants pour asservir leurs peuples, les maintenir dans la misère tout en tirant le plus grand profit personnel des richesses de leurs terres?
  • ou......?

lundi 7 mars 2011

Satisfait ou remboursé: une tendance pour l'orientation scolaire



Un jour futur, disons en 2030. Julien, costard-cravate, l'aire d'un jeune commercial branché, entre dans la classe. Son métier: conseiller d'orientation de parcours scolaire et de carrière professionnelle. Sa mission: faire du porte à porte des collèges et lycées pour présenter aux jeunes le tout nouveau catalogue "Solutions pour bien choisir sa vie future" du Ministère.

- Mesdemoiselles, Messieurs, bonjour. Je suis votre conseiller d'orientation délégué par le Ministère de la scolarité, de la vie et de carrière professionnelle. Je suis ici aujourd'hui pour vous parler des choix que vous allez devoir faire bientôt. Quelle orientation choisir pour vos études? Quels parcours professionnels s'ouvrent à vous après vos études? Difficile question n'est-ce pas? Mais ne vous inquiétez pas. Vous savez tous que depuis les réformes de 2020 notre Ministère s'occupe de tout. Nous sommes là vous présenter les meilleurs solutions et vous aider à choisir en connaissance de cause la vie que vous voulez avoir dans les années à venir.

Nous pouvons aujourd'hui dire avec fierté que nous avons enfin résolu l'un des plus grands problèmes de société du début du 21ème siècle: l'orientation des jeunes. La génération de vos parents se souvient encore de l'ancien système où il fallait choisir ses études sans savoir en quoi exactement elles consistaient, quelles matières on allait étudier, quels professeurs on allait avoir. On s'orientait à cette époque vers des métiers sans savoir VRAIMENT comment au quotidien on allait travailler. Les jeunes eux mêmes et les familles se plaignaient régulièrement des difficultés de choisir une orientation sans savoir exactement à quoi s'attendre. Le risque et l'incertitude liés à ce choix sont devenus insupportables.

Il en a eu des débats pour savoir comment mieux orienter les jeunes. Certains pensaient qu'il fallait spécialiser plus tôt, d'autres proposaient de laisser le choix le plus tard possible. Jusqu'au jour où on a créé notre Ministère en partant d'une idée toute simple. Les progrès que les sociétés occidentales ont réalisés pendant le 20ème siècle ont permis de donner aux citoyen-consommateurs des droits et des garanties les protégeant de toute forme de risque. Nous avons réussi à bannir l'incertitude du domaine de la consommation quotidienne. Quand vous achetez aujourd'hui une télé, un ordinateur, une bouteille de lait, vous avez à votre disposition toute l'information nécessaire à votre choix. Vous avez également la garantie que si le produit ne correspond pas à la description ou à vos attentes vous avez le droit de réclamer un dédommagement. Nous nous sommes dit alors: pourquoi il doit en être autrement pour le choix des études et de la carrière professionnelle? Aujourd'hui vous n'avez plus besoin de vous poser des questions compliquées. Le Ministère s'occupe de tout et prend tout en charge. Vous n'avez qu'à feuilleter ce catalogue et à choisir.

Pour les paresseux, il y a des formules "Prêt à vivre": tout est organisé, planifié, prévu: les études, le premier poste (avec une option de localisation géographique à choisir parmi trois destinations proposées), le logement, le plan de carrière, la retraite.

Pour les aventuriers et amateurs de sensations fortes on propose des "Pochettes aventure": vous ne choisissez qu'un thème global parmi une dizaine de disponibles (médecine, ingénieur, physique, biologie etc). Votre parcours sera alors parsemé d'étapes nouvelles plus ou moins dangereuses: trouver une école pour les études, trouver un premier emploi etc). Rassurez vous, divers degrés de risque sont proposés.

Pour les indécis, vous avez des parcours "A la carte" avec option "Satisfait ou remboursé" vous permettant de changer d'orientation si elle ne vous convient pas. Vous avez toujours la garantie que même si vous n'arrivez pas à trouver votre voie par vous mêmes, le ministère le fera pour vous, à l'issue des 7 premières années post-bac.

Attention tout de même: le nombre de places pour certains parcours et limité. Le nouveau plan quadriennal des Solutions de vies et de parcours professionnels est sorti il y a tout juste quelques semaines. Vous pouvez le consulter sur le portail de notre Ministère.

Avant de signer votre contrat vous aurez toute l'information nécessaire pour vous décider. Vous pouvez même demander une période d'essai pour la formule qui vous tente. Des séjours organisés sont proposés dans les écoles, les universités, les entreprises partenaires qui vous offrent des postes dans le catalogue. Vous pourrez ainsi observer sans être vus, sans déranger un cours, une réunion d'équipe, une salle d'opération. De nombreux locaux sont spécialement équipés de salles d'observation avec un miroir transparent.

-Une question, là-bas, au fond? Allez-y!
-Qu'est ce que c'est, au juste, le contrat, Monsieur?
- Ah! Le Contrat? C'est votre vie! Choisie en connaissance de cause et sans aucun risque de se tromper!